jeudi 24 juin 2010

Film : L'Agence tous risques - Joe Carnahan

Que les purs fans de la série des 80's passent leur chemin car le relookage est radical. On est passé du ringard pépère à l'absolu déjanté.

Joe Carnahan s'est visiblement donné pour mission de repousser les limites de l'improbabilité pyrotechnique et acrobatique.

Une fois n'est pas coutume, j'assume mes plaisirs coupables (?) face à ce blockbuster de 165 millions de dollars que je préconise sans l'ombre d'un complexe, tant le n'importe quoi peut avoir des vertus curatives quand il est paré d'un second degré indéniable et jubilatoire.

C'est insensé, drôle, musclé et le scénario tient sans peine sur un ticket de cinoche, ce dont on se moque royalement dans le cas présent.
Tous les moyens de transport et les types d'armes sont utilisés, les cascades sont complètement dingues et les acteurs visiblement ravis d'être là, Liam Neeson "Hannibal" et Bradley Cooper "Futé" en tête pour ne citer qu'eux.

Bref, nous avons à faire à un produit typiquement bourrin-jouissif.

lundi 14 juin 2010

Film : Green Zone - Paul Greengrass

Irak 2003. Un officier américain chargé de dénicher les A.D.M. "armes de destructions massives" se rend rapidement compte que les informations communiquées par son État-major concernant les supposées caches sont bidons. Il décide alors de savoir pourquoi et qui est derrière tout cela.

Réalisateur des deux derniers volets de la saga Jason Bourne ("The Bourne Ultimatum" et "The Bourne Supremacy) avec le même Matt Damon, le réalisateur anglais Paul Greengrass, ancien documentariste, démontre avec brio qu'il est possible de marier l'action haute de gamme et la réflexion historique documentée.

La reconstitution d'un Irak chaotique est particulièrement bluffante. Poussière étouffante, chaleur accablante, foule hystérique, vacarme des matériels militaires, services gouvernementaux perfides, tension palpable continue... tout est réuni devant une caméra à l'épaule parfaitement anxiogène, suivant le militaire dans sa quête de vérité quelque peu dépassé par les événements.

Magnifique de tension, de doute et de ténacité, Matt Damon est de tous les plans, ou presque, et porte sobrement l'action qui ne faiblit à aucun moment. Suspens intégral pour ce bien sale scandale mondial.

À voir absolument pour le brio de la mise en scène.

jeudi 3 juin 2010

Film : Le livre d'Eli - Albert & Allen Hughes

L'apocalypse a eu lieu il y a trente ans et la terre n'est plus qu'un vaste champ de ruines infestées de bandes barbares et anthropophages. Eli marche depuis trente ans, solitaire et silencieux, se protégeant des agressions et grappillant tout ce qu'il peut trouver sur sa route. Il marche vers l'Ouest, investi d'une mission divine, jusqu'à ce qu'il traverse une petite ville en survivance et ne se heurte à Carnegie, le maître redoutable de cette communauté à la dérive.

Bien... Il suffit de se balader sur le net pour se rendre compte que toutes les critiques sont éreintantes et, effectivement, les arguments sont accablants.

Bien sûr qu'il y eut "La Route" peu de temps avant qui bénéficia de critiques plus complaisantes, le livre dont il était adapté, étant d'un niveau bien supérieur, sans aucune mesure...

Bien sûr, que l'on peut voir ici un produit à mi-chemin entre Mad Max et la Passion du Christ, toutes proportions gardées...

Bien sûr que les images ont été vues cent fois...

Bien sûr qu'il s'agit d'un warrio-catéchisme à deux euros, le héros distribuant sereinement les pains tout en prêchant et en parsemant sa route de dizaines de cadavres sales, puants et déshumanisés...

Bien sûr que le fond du sujet et la morale qui s'en dégage sont évangéliquement simplistes, grotesques et douteux...

Et pourtant, j'ai complètement été accroché par l'ensemble et le charisme absolu de Denzel Washington. Elégant, efficace et mystérieux, il traverse l'histoire et les images délavées avec tellement d'aisance et d'obstination, qu'il donne à l'ensemble une facilité de regard, malgré les nombreuses scènes violentes et un désir prégnant de l'accompagner jusqu'au bout de sa quête pour en connaître la chute. Gary Oldman compose quant à lui un méchant raffiné et impitoyable, rôle qu'il n'avait pas tenu depuis des années.

Voilà. Il est des films que l'on sait sinon mauvais du moins ratés, pour un ensemble de raisons listées et connues, mais que l'on ne peut s'empêcher de regarder jusqu'au bout en y prenant un certain plaisir avoué.

mercredi 26 mai 2010

Film : Robin Hood - Ridley Scott

Angleterre XIII siècle. Un simple archer, Robin Longstride, de retour chez lui avec sa bande de potes mercenaires, déjoue à moitié une embuscade tendue à Sir Robert de Loxley, Comte de Huntington, censé rapporter à Londres, la couronne du Roi Richard Coeur de lion, mort sur le champ de bataille. Avant de succomber à ses blessures, il lui fait jurer de remettre cette couronne au Pince Jean, le frère hériter, ainsi que de rapporter son épée à son vieux père, Walter de Loxley, dans le comté de Nottingham.

Au terme du voyage, il découvre une région corrompue, sous le joug d'un shérif impitoyable aux ordres du Prince qui affame son peuple à grands coups d'impôts et de taxes. Robin rencontre Lady Marianne, la veuve de Robert, femme forte et autonome qui dirige et exploite les terres du domaine. Walter propose enfin à Robin de se faire passer pour son fils de retour des croisades, car à sa mort et sans aucun héritier aux yeux de la loi, toutes ses terres reviendraient à la couronne et Marianne se trouverait alors dépossédée de tout.

C'est ainsi que l'archer devient comte et qu'il mettra tout en œuvre pour unifier les Barons et sauver le trône d'Angleterre menacé par un complot et une invasion française. Une fois le danger repoussé, le Prince Jean reniera toutes les promesses faites aux Barons et, par jalousie, fera de Robin de Loxley, le célébrissime hors-la-loi de la forêt de Sherwood.

Le film retrace donc la naissance de la légende.

Voilà ce qu'on peut appeler un produit parfaitement qualibré.
Un héros magnifique et sans fioritures… terminés les collants verts d'Errol Flynn ou le brushing de Kevin Costner. Ici c'est plutôt cuir, métal, sueur, boue et sang.
De l'action et des combats particulièrement violents et formidablement reconstitués. Le débarquement final des armées françaises reste un grand moment épique.
Un brin de romance, juste le minimum syndical, entre un Robin qui a visiblement d'autres préoccupations et une Marianne plutôt coriace qui manie aussi bien la charrue que l'arc.

Je ne cacherai donc pas le plaisir ressenti durant ces 2h20 jubilatoires. Scott possède un réel savoir faire pour mettre en scène l'héroïsme le plus exubérant et Russell Crowe, qui a ici troqué sa jupette en cuir et son glaive contre une cotte de mailles et un arc, apporte au rôle suffisamment de virilités et de détermination pour transformer cet épisode historique en une véritable épopée flamboyante.

Le genre de film qui viole tranquillement l'histoire pour accoucher d'un spectacle excessif certes mais également puissant et éclatant.

mardi 18 mai 2010

Film : Le Ruban Blanc - Michael Haneke

1913-1914. À la veille de la première guerre mondiale, un village prussien, protestant et puritain, devient le théâtre d'accidents et de sévices mystérieux qui se révèlent être des actes punitifs et justiciers. À travers différentes familles, le baron, le régisseur, le pasteur, le médecin, la sage-femme et les paysans, nous découvrons la vie austère de ce microcosme terne et monotone où l'instituteur du village, narrateur des faits, mènera l'enquête et finira par découvrir qui se cache derrière ces drames odieux.

Filmé en noir et blanc, pour ne pas dire en gris tant la chape de plomb est pesante, ce récit de 2h25 d'une austérité radicale, observe d'avantage qu'il ne dénonce cette communauté féodale et rigoriste, cloîtrée dans ses préceptes rigides et ses silences soumis.

Haneke filme la fin d'un monde qui bientôt laissera la place à un autre bien pire. La cruauté ordinaire qui se révèle sous nos yeux préfigure sans doute les horreurs à venir. Le fascisme et sa violence peuvent naître insidieusement n'importe où, n'importe quand et chez n'importe qui. Jalousie ou rejet de la différence engendrent cette dérive tranquille et silencieuse, presque innocente, qui lentement s'installe et vérole les esprits sinon les plus purs du moins ceux fondus dans le moule de la vertu la plus intransigeante.

Un cadre maussade et oppressant, des rapports sociaux archaïques sur le point d'imploser, une éducation pieuse et inflexible, l'ensemble servi par un casting renversant, des images incroyablement pénétrantes et une mise en scène radicalement épurée font de ce Ruban Blanc une œuvre proprement hypnotique.

Ce film de deux heures trente où il ne se passe rien pourra en rebuter plus d'un. Cependant l'addiction à l'extrême tension que diffuse ce film dès la première seconde me paraît inévitable. Sans doute une forme de voyeurisme captif face à cette société, malade de ses valeurs moisies et de ses désirs refoulés, se délitant sous nos yeux.

Je demeure encore complètement secoué par la puissance du propos.
Tout simplement sublime et bouleversant.

mercredi 12 mai 2010

Film : Tetro - Francis Ford Coppola

Tetro vit exilé depuis dix ans, à Buenos Aires, après avoir rompu tous liens avec l'ensemble de sa famille. Il vit avec Miranda, son unique passion, celle qui le maintient à flot, le protège de sa folie et lui prodigue un amour réciproque. Il vivote, se loue comme éclairagiste de théâtre, quand l'humeur est là...

Tetro fuit son passé et un père despotique et étouffant, illustre chef d'orchestre qui lui a tout volé, son désir d'écrire et son amour de jeunesse. Pourtant, ce matin-là, débarque Bennie, son frère cadet, en escale technique et en uniforme. Tetro avait jadis promis de revenir le chercher pour l'enlever à cet ogre de père...

Les retrouvailles sont à la fois douloureuses et fuyantes. Un terrible secret sépare les deux frères sur lequel plane l'ombre gigantesque du père aujourd'hui mourant. Le film raconte l'apprivoisement de Tetro par Bennie et la quête de vérité de ce dernier qui cherche des réponses à la disparition de son frère adoré.

Coppola filme en Noir & Blanc, d'une façon magistrale, ce théâtre d'ombres particulièrement léché. L'image est magnifiquement lumineuse. Seuls les quelques flash-back sont en couleurs. Coppola filme ainsi une partie de sa propre vie, sobrement, en plongeant au plus profond des regards et des âmes, au rythme d'une bande-son proche du Tango composée par Brian Eno.

Les acteurs sont tout simplement extraordinaires, Vincent Gallo dans le rôle de Tetro le frappé, Alden Ehrenreich, un débutant, physiquement très proche de DiCaprio, absolument bluffant, Klaus Maria Brandauer le père mégalo, Maribel Verdu la compagne aimante et Carmen Maura la Critique Culturelle, pour ne citer qu'eux...

Un film visuellement magnifique, une tension continue pour ce drame profond et bouleversant...

Le Maître a encore frappé !

mardi 6 avril 2010

Humeur : L'IPad en prend plein la pomme !

L'Ipad a été mis en vente hier aux "States". Pas un média qui n'ait relaté le fait en tombant sur Apple à bras raccourcis... seuls les testeurs, la presse spécialisée et les nouveaux utilisateurs l'encensent. Sur nombre de forums également, une armée de pisse-vinaigres, de grincheux et autres atrabilaires récalcitrants systématiques au progrès, à la nouveauté ou plus spécifiquement aux entreprises confirmant avec insolence leur success-story, vomissent, par principe, sur le nouvel OVNI de la Pomme. Ils oublient simplement qu'il y a bien pire et depuis des lustres...

On reproche déjà au nouvel outil d'être futile, cher et décervelant. Dans le genre, sur la plus haute marche du podium de l'inepte et de l'inutile, jamais égalée : la téloche. Le nombre d'abrutis qui possèdent et utilisent quotidiennement ce gadget ancestral, payable à vie de surcroit, devrait faire réfléchir ceux qui conchient l'IPad, sûrement les mêmes...

dimanche 4 avril 2010

Humeur : "Islam, ce que l'Occident doit savoir"

Vu hier l'ensemble du documentaire "Islam : ce que l'Occident doit savoir". Désolé mais je ne cautionne pas cette propagande grossière.

C'est tellement énorme qu'il doit y avoir une part de vérité me direz-vous... une part oui. En fait rien de neuf sous le soleil. L'Islam, bien plus qu'une religion, est avant tout un système politique global et totalitaire. Moi, ça me rappelle simplement les grandes et belle années de notre église, il y a quelques siècles, sur les préceptes de laquelle est fondée notre civilisation chérie.

À l'écran, aucun détracteur pour une sélection très ciblée d' hadiths (paroles de Mahomet) extraits du Coran qui tendent à prouver que l'Islam est une religion de conquête et de violence, le tout pédagogiquement emballé par "d'éminents spécialistes" très posés (quand on fouille un peu et qu'on en sait un peu plus sur les intervenants, on en comprend le but)... le procédé relève bien d'avantage de l'outil de propagande que du simple documentaire objectif. De toute façon il paraît impossible d'être objectif devant un tel sujet.

Je n'ai pas plus ni moins de respect pour cette religion que pour les autres. Bien qu'elle soit aujourd'hui en mode actif et qu'une réelle violence est observable un peu partout sur la mappemonde, prendre parti c'est choisir un camp, qui se valent tous, c’est-à-dire pas grand-chose, de par l'ineptie de leur fondement même.

Libre à chacun d'être pro israélien ou pro arabe et de combler le vide de son existence par la haine de l'autre...

dimanche 28 mars 2010

Humeur : La fessée du garnement.

Une bonne fessée n'a jamais tué quiconque et permet d'ordinaire de recadrer les idées fourvoyées. D'ordinaire, en effet... mais celle-là, bien que sévère, ne semble posséder aucune vertu curative tant le chenapan est obtus pour ne pas dire teigneux.

Le petit Nicolas vient de recevoir indirectement une monstrueuse raclée et persiste à mettre en pratique l'adage notoire "on ne change pas une équipe qui gagne" ni "une politique formidable". Sans doute, justement, parce que la dérouillée fut indirecte. Tacticien courageux, il expédia au front onze de ses ministres en pensant " s'il est un succès, le scrutin sera déclaré plébiscite intime, sinon simple péripétie régionale, une paille". Aucun n'en réchappa, un massacre dans les règles d'un scrutin justicier.

D'un autre côté, il n'a guère le choix. Admettre l'ineptie de ses idées, l'égocentrisme de sa vision, la souffrance que ses choix imposent ou l'injustice dont il pare chaque recoin de notre stratosphère, lui est interdit. Remettre en cause ses fondements, aussi nauséabonds soient-ils, reste inconcevable à ce petit homme arrogant et inculte tandis qu'il passe son temps à affirmer à une France dépressive et déboussolée qu'elle est tout simplement impatiente de se faire violer par un train de réformes toutes plus iniques les unes que les autres.

Intelligent il l'est pourtant, pour avoir gravit avec tant de talent les marches du pouvoir... du moins pensions-nous tous qu'il l'était avant qu'il n'y accède et ne l'exerce. Il semble bien que seule la conquête stimulait son intellect et ses instincts de prédateur. Le but atteint, la baudruche n'a cessé de se dégonfler inexorablement. Bientôt trois années de manœuvres, de mensonges et de vents qui paraissent déjà une décennie éreintante.

Il demeure tout de même un tiers de français pour croire encore au renouveau politique promis. Je les soupçonne avant tout de vouloir en profiter tant qu'il est temps, en faisant un concours de crachat sur la fraternité, pourtant indispensable en pareille période. L'individualisme et l'égoïsme sauvages sont au pouvoir. C'est l'ordinaire de la droite, nous le savons. Cette droite-là ne se cache même plus derrière de vagues discours sociaux. Nous pouvons lui reconnaître cette franchise. Sans état d'âme, elle démantelle, réduit, supprime, détruit ou gomme ce qui subsistait de liens sociaux et de soutiens collectifs. Tout ce qui coûte et ne rapporte rien est réformé. Voilà le véritable sens des réformes engagées. La compétitivité a remplacé la fraternité, l'entraide a laissé place à un carriérisme trivial et le respect des autres est devenu un acte politique d'opposition. Pauvre pays, tellement envié jadis pour sa grandeur humaniste.

Les valeurs de cet individu méprisable et de sa clique courtisane ne sont assurément pas les miennes. Je n'ai aucun respect pour ce président qui fait souffrir son pays dont nombre de ceux aujourd'hui qui le portèrent au pinacle hier. Il m'est insupportable d'être gouverné part cet esprit vulgaire, ce parvenu, ce Rastignac sans panache. Nous avons été habitués à plus de hauteurs et d'allure et il ne nous sert que médiocrité et clinquant depuis son avènement.

La route reste longue jusqu'en 2012, autant dire encore 10 années.

mardi 9 février 2010

Film : Rien de personnel - Mathias Gokalp

Voici un huis clos plutôt malin, déroutant et exemplaire à bien des égards.

Le laboratoire pharmaceutique Muller organise une réception à l'occasion du lancement d'un nouveau produit. Au cours de la soirée, on découvre qu'il s'agit en réalité d'un exercice de coaching pour les cadres de l'entreprise. Bientôt, les rumeurs sur le rachat prochain de la société se répandent insidieusement et chacun tentera de sauver sa place.

Un premier film découpé au cordeau et réglé comme un chronomètre de précision. En plus d'être cruel, traitant avec cynisme de rachat d'entreprise et de plan de restructuration, le film utilise les codes du thriller pour mieux dramatiser et insuffler une atmosphère étouffante de suspicions croisées. Qui sera mangé et plus simplement qui est qui dans cette soirée éprouvante ? Qui coache qui et qui sont vraiment les victimes de ce jeu de massacre organisé ?

Le montage exemplaire repose sur un récit éclaté où les mêmes scènes sont filmées du point de vue des différents protagonistes et sous des angles différents. Personne n'est ce qu'il paraît être et les pions de cette partie d'échec avancent masqués sur un carrelage de faïences noires et blanches.

Les interprètes sont tout simplement géniaux, Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydès, Mélanie Doutey, Pascal Grégory, Zabou Breitman et Bouli Lanners pour ne citer qu'eux...

Qu'il est bon de se faire balader quand cela est fait avec brio.

Film : Demain dès l'aube - Denis Dercourt

Le film a pour toile de fond l'univers des "rôlistes" et les campagnes napoléoniennes. Il dépeint la relation entre deux frères, l'aîné, pianiste virtuose et célèbre, et son cadet, passionné de batailles historiques et de jeux de rôles. Leur mère souffrante, demande à l'aîné de protéger son jeune frère et l'aider à reprendre pied dans la réalité. Pour ce faire il n'aura d'autres choix que de basculer à son tour dans ce monde étrange où le jeu et la réalité se confondent dangereusement.

Voilà un film bien élégant où Vincent Perrez, après une absence de plusieurs années des plateaux, joue Paul le frère aîné, et trouve sans doute dans ce film l'un de ses plus beaux rôles, tout en retenu, en regards, en silences et en maîtrise. Jeremy Renier joue Mathieu, le jeune frère fragile et attachant qui trouve dans sa passion dévorante une reconnaissance et un accomplissement absents de sa vie réelle. Tout comme ses partenaires d'ailleurs, à l'instar de cet ancien patron déchu (excellentissime Aurelien Recoing), endossant l'habit de Capitaine autoritaire, commandant en chef du IIe Bataillon de Hussards de l'Empereur ou encore cet aide-soignant (inquiétant Gérald Laroche) celui d'un Médecin-Major exerçant son art rudimentaire lors de duels réels.

Le film s'ouvre d'ailleurs sur une scène de duel où deux hussards (mais nous n'apprenons qu'ensuite qu'il s'agit d'une reconstitution) se préparent à battre le fer pour laver leur honneur. "Au premier sang versé"... il s'agit bien d'un véritable duel, qui en cas d’accident mortel sera maquillé en accident d'escrime ou de chasse à l'arme ancienne.

Construit comme un thriller, le film bascule sans arrêt entre réalité et reconstitution. Paul le virtuose plonge dans ce monde hallucinant pour faire plaisir à ce frère qu'il adore mais dont ses activités, ses concerts et ses succès l'ont éloigné de lui. Il est contraint de rentrer dans ce jeu qu'il observe tout d'abord avec amusement et étonnement revêtu de son habit de Hussard du Ve Bataillon Impérial. Il se rend compte bientôt qu'il ne s'agit pas d'un simple jeu et s'investit d'avantage afin de protéger ce frère qu'il pressent en danger. L'amusement se transforme très vite en agacement puis en crainte pour se terminer en véritable cauchemar quand il est lui-même confronté à l'honneur bafoué et à la haine du Capitaine qui voit dans le duel l'unique moyen de laver un affront imaginaire et grotesque.

Film sur la schizophrénie, sur le désir ou le besoin de jouer pour échapper au quotidien, sur la folie de s'échapper trop loin, ce film étrange, très bien écrit, formidablement joué, filmé avec sobriété, est d'une saveur rare.

vendredi 29 janvier 2010

Film : A Serious Man - Ethan et Joel Coen

Midwest 1967, Larry Gopnik, Professeur de physique est accablé par un quotidien médiocre. Sa femme Judith le quitte pour une connaissance qu'elle juge plus important que son insignifiant mari, sa fille Sarah passe son temps à se laver les cheveux et pioche en cachette dans son portefeuille pour se faire refaire le nez, son fils Danny a des problèmes de discipline à l'école hébraïque, Arthur son frère aîné, assisté social, dort sur le divan du salon, sa belle voisine le perturbe, son voisin le provoque, ses collègues de l'université le menacent de non-titularisation, un éleve coréen le harcèle en le soudoyant pour obtenir une meilleure note... Au bord de la noyade, il décide de consulter trois différents rabbins pour l'aider à trouver un sens à sa vie et devenir un "Mensch", un homme sérieux, un homme bien.

Je suis un grand fan des Cohen et fatalement, fort douloureuse fut la chute devant ce monument d'ennui d'1h44. Film pour initiés, décrivant assez bien, je pense, les mentalités et coutumes des communautés juives moyennes américaines pétries de traditions, d'interdits et de retenues, il laisse finalement difficilement pénétrer le "goy" moyen, sans connaissance du rituel et de son vocabulaire.

Que les frères se soient fait plaisir, ne fait aucun doute. On perçoit malgré l'ennui, une dérision jubilatoire, un règlement de compte chaleureux avec ce que fut sans doute leur jeunesse mais l'univers est trop éloigné et trop confidentiel pour permettre d'y participer pleinement et rire, voire sourire avec eux, des malheurs acidulés et aseptisés de Larry. Quelques scènes cocasses, permettant de rester éveillé, jalonnent ce parcours initiatique, comme celle de Larry, filmé du haut de l'amphithéâtre, minuscule devant un gigantesque tableau noir recouvert de centaines d'équations mathématiques censées démontrer le principe d'incertitude.

Couleurs acidulées justement, légèrement passées (plutôt esthétiques d'ailleurs) et mise en scène minimaliste, confèrent à l'ensemble un non relief plombant d'avantage l'ambiance.

Vraiment, cela faisait bien longtemps que je ne m'étais pas autant rasé devant un écran. En espérant que leur prochain sera plus accessible.

jeudi 10 septembre 2009

Mangez-le si vous voulez : Jean Teulé

Une des anecdotes les plus honteuses de l'histoire du XIXe siècle est ici dévoilée, à savoir le lynchage et la torture d'un jeune aristocrate périgourdin, Alain de Monéys, qui se rendait tout naturellement à une foire située dans un village voisin.



Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune Périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin.

Il arrive à destination à quatorze heures. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.



Pourquoi une telle horreur est-elle possible ? Comment une foule paisible peut-elle être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare ?


125 pages de bonheur ! Comment dire cela devant un tel sujet ?... et pourtant, tout l'art de conteur de Jean Teulé est bien là. L'aventure est ignoble, abominable, inconcevable. On referme l'ouvrage et l'on pense... impensable ! Comment un homme connu, respecté et apprécié de ses voisins devient subitement l'objet d'une haine bestiale, la cible d'un vindicte populaire aveugle, le jouet d'un massacre sordide... l'homme se défendra mollement, quelques lucides tenteront de le soustraire à la foule hystérique, en vain... C'est tout simplement ignoble.

À l'image de ce garçon, qu'il connaît, avec lequel il discute le long de la route qui mène à la foire et qui, une heure plus tard, sur un simple quiproquo, ne le remettra pas et le saignera comme un porc, surenchérissant même sur les adultes, emporté dans un rite initiatique abominable et incontrôlable.


C'est en même temps parfaitement léger... une crème fouettée (jusqu'à l'os) à base d'humour noir et de détachement élégant dans la narration. Une réelle friandise morbide dévorée d'une traite.

Ed. Julliard - 17 €.

vendredi 24 juillet 2009

Film : The Midnight Meat Train - Ryuhei Kitamura

Un petit film gore/trash histoire de varier les plaisirs. Je ne suis pas spécialement friand du genre mais l'affiche m'a intrigué : Avec Winnie Jones, le colosse anglais complètement déjanté vu dans les films de Guy Ritchie, dans une adaptation d'une nouvelle de Clive Barker, un des papes de l'écriture fantastique moderne. L'ensemble est mis en boîte par Ryuhei Kitamura.

Un photographe, à qui l'on a demandé de photographier la noirceur de la City, tombe par hasard sur un Serial Killer dont il va suivre les traces nuits après nuits. L'action se situe dans les wagons du métro New Yorkais, le dernier métro plus précisément, où un boucher d'un style très particulier (sacré Winnie) massacre les voyageurs retardataires avec calme, détermination et, il faut bien l'avouer, un grand professionnalisme.

Les scènes de tuerie sont tout particulièrement chorégraphiées dans une lumière bleue électrique, un son hallucinant et un montage plutôt efficace. Tout cela confère à l'ensemble une glaciale élégance à laquelle je n'ai pas été insensible.

Dans le genre, c'est plutôt enlevé et esthétique. Bien évidemment, ce n'est pas un film familial.

jeudi 30 avril 2009

Humeur : Le piratage, régulateur économique !

La loi HADOPI (la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet) non seulement ne réglera pas le fond du problème mais tente avant tout de protéger une industrie moribonde et ses marchands qui voient fondre inexorablement leurs profits, tel le cierge en offrande sur les autels clinquants de la culture mercantile et vulgaire.

Ceux qui évoquent la mort de la création connaissent-ils vraiment le sens de ce mot ? Le créateur créé, quoi qu'il arrive, c'est ainsi depuis toujours. Combien de peintres, de musiciens, de comédiens, ne vivent que pour leur art même s'ils en vivent mal. Il est relativement récent d'associer Succès, Fortune et Art. Les nouveaux marchands du Temple que sont les Producteurs, Managers et autres Agents de tout pelage sont là pour ça et entendent bien se battre pour conserver l'énorme privilège de s'engraisser sur la bête. De plus, quand un Christophe Willem ou un Pascal Obispo évoquent, à propos du piratage, la mort de la création artistique, je suis contraint de plonger ma main droite dans le hachoir à viande pour penser à autre chose et ne pas éclater de rire.

Il y a eu explosion de l'enrichissement des "artistes", du moins ceux qui en possèdent l'estampille médiatique. Ils vendent du rêve paraît-il, même si le rêve peut exhaler souvent une insupportable odeur. L'accès libre à certaines de ces "œuvres" mineures, voire minables, ne permet-il pas un ajustement mérité de leur valeur intrinsèque ?

"Oui, mais le succès d'un Willem permet de produire de jeunes inconnus..." Bien sûr ! Il devrait donc y avoir une farandole d'artistes de qualité sur les ondes, ce qui, bien évidemment, est loin d'être le cas. La masse vagissante des stations publicitaires NRJ, Fun Radio et autres Chérie FM, ne diffusent en boucle que ce pourquoi elles facturent leur temps d'antenne : des produits clonés, 100 % marketés, facilement repérables en têtes de gondole.

Le monde bouge et, avec lui, les modes de consommation et les prises de conscience face à des crises économiques et sociales à répétition. On acceptait de payer le rêve au prix cher quand le portefeuille le permettait. Malheureusement le mélange des ingrédients "technologie incontrôlable" et "paupérisation grandissante" fait monter une mayonnaise qui enfle planétairement et dont le contrôle s'avère sinon impossible du moins forcément dispendieux. Un budget que les "plaignants" seraient sans doute plus inspirés de placer ailleurs, dans la recherche de nouveaux modes de distributions. Quand l'on sait, concernant la musique, que les "artistes" ne perçoivent qu'un euro par CD vendu on est en droit de se demander s'ils ne sont pas télécommandés par leur maison de disque pour hurler avec les loups.

Le web est effectivement un véritable cauchemar pour les "producteurs" non seulement à cause des volumes de téléchargements actuels mais surtout parce qu'il représente un outil commercial formidable dans un monde où ils ne sont plus indispensables. Tout peut aller très vite avec ce nouvel outil et certains artistes avertis commencent à diffuser eux-mêmes leurs titres. De jeunes producteurs associent même les internautes au lancement de nouveaux talents. Certaines valeurs d'échange et de partage émergent enfin dans cette industrie gangrenée qui s'est goinfrée durant des décennies.

Le CD, objet palpable, a fait son temps. Il meurt et c'est normal. Aujourd'hui le numérique est partout et 100 CD tiennent sans peine dans le moindre lecteur Mp3 à la praticité incomparable. Le téléchargement légal, iTunes Store en tête, est en plein développement car il s'est adapté aux nouveaux modes de consommation : ne payer que les morceaux que l'on consomme vraiment. Exit le boîtier en plastique, le cellophane et le livret de paroles, aujourd'hui on emporte sa musique partout avec soi. Pourquoi Apple/iTunes fait de l'argent et Universal Music en perd-il ? Parce que Jobs a été le premier à avoir du pif et sentir le vent tourner, ce qui énerve tous les autres et les limite dans leur vision d'avenir. N'est pas visionnaire qui veut et la guerre ne fait que commencer.

Oui le téléchargement tue les Bénéf. des Major Compagnies mais il ne tue pas l'artiste authentique qui gagne sa vie en se produisant sur scène. Le Live est incomparable, irremplaçable, en tout cas incopiable. Comme la salle obscure l'est pour le DVD ou le Divx.

Aujourd'hui, il y a une forme d'indécence chez les acteurs de la sphère artistique à pleurer sur la chute de leurs revenus et sur une époque où ils s'en mettaient plein les fouilles. Si les CD tournent de moins en moins sur les platines, la roue, elle, tourne inexorablement et, semble-t-il, de plus en plus vite.