jeudi 6 octobre 2011

Humeur : Steve Jobs 1955-2011


J'ai appris la nouvelle ce matin au réveil, sur mon iPhone ! Comme l'a dit Obama "Il n'y a pas de plus bel hommage que de savoir qu'une grande partie du monde a appris son décès via un appareil qu'il a créé". J'ai alors ressenti un pincement au cœur, le ciel déjà gris s'est légèrement assombri et mes céréales n'avaient dès lors plus le même goût.

Je ne suis pas un idolâtre, loin de là et je m'en voudrais presque de cette sensiblerie… presque.

Je suis graphiste et le mac est mon outil de travail depuis plus de vingt ans. J'ai commencé ce métier à la main, c'est-à-dire, avec des Rotring et des feutres Pantone. J'en avais plein les doigts. J'étais un tâcheron sillonnant les allées des salons graphiques en bavant devant les palettes graphiques de plusieurs millions de francs. Dire que j'attendais une machine abordable qui me libère est un doux euphémisme et le Macintosh arriva, chargé de promesses, annonçant une révolution qui allait tout emporter dans les métiers du graphisme et de l'édition. Je lui ai toujours été reconnaissant et redevable d'avoir conçu et distribué cet outil formidable.

Jobs est un génie. On peut lui rapprocher son arrogance, son management tyrannique ou son ego, il demeure un génie. En plus d'avoir créé des produits innovant, aujourd'hui incontournables dans leur secteur, Apple est devenue une entreprise hors du commun économiquement, à la succes story littéralement magique. Cette année 2011, des résultats en hausse de 83% pour le chiffre d’affaires et de 95% pour les bénéfices. Elle devrait dépasser les 100 milliards de dollars de C.A. et entrer dans le top 15 mondial. Elle est même récemment passée première en terme de capitalisation boursière devant Exxon, qu'elle talonne finalement aux dernières nouvelles. Elle a amassé plus de 65 milliards de réserve de liquidité qui lui permettrait de racheter Facebook, eBay, Nokia et General Motors tout en gardant des réserves… Il y aurait des dizaines d'autres chiffres pour dessiner cette entreprise unique.

J'ai "grandi" avec Apple depuis la naissance du Macintosh en 1984 jusqu'au succès planétaire de l'Ipad. Attristé par l'éviction de son co-fondateur en 1985, j'ai vécu la longue période de déprime et de dégringolade de la firme, jusqu'en 1997, durant laquelle on la donna morte et son rachat annoncé des dizaines de fois. Entre-temps le père Jobs rachetait et développait les studios Pixar avant d'être finalement rappelé par Apple pour la sortir du trou. Il créa l'iMac (1998), l'iPod et iTunes (2001), l'iPhone (2007) et l'iPad (2010). Ce n'est plus hors du trou qu'elle se situe aujourd'hui mais bien au firmament des entreprises.

J'avoue posséder cinq Macintosh, un iPod, un iPhone et un iPad (accessoirement un PC VAIO par nécessité). Sans être un fan hystérique, j'affirme sans complexe, pour utiliser depuis longtemps les deux plateformes, que les outils sont incomparables en terme de puissance et d'ergonomie sans parler, bien évidemment, de design. Apple n'est pas exempte de défaut et les aficionados du PC lui reprochent ses faiblesses en terme de sécurité ou d'ouverture. Éternel débat qui ne peut gommer la force de "l'éco-système Apple" qui maîtrise l'ensemble de la chaîne matérielle et logicielle. Les utilisateurs PC ont toujours, et à tort, défini les "Mac users" comme des esclaves de leur machine mais c'est exactement du contraire qu'il s'agit. Nous n'avons de notre côté jamais (extrêmement rarement) eu besoin de les démonter et mettre les mains dans le moteur. À aucun moment je n'ai eu à me plaindre de ce soit-disant carcan car il m'a, au contraire, assuré une constante qualité et une réelle fiabilité dans ma vie professionnelle. Jobs a tourné le dos à l'informatique pour créer des instruments ludiques et performant, centrés sur la création et l'échange. À ce sujet, il est tout de même intéressant de constater qu'il faut une combinaison improbable de trois touches sur PC alors qu'une simple touche suffit sur Mac pour taper le symbole de l'époque : @

L'émotion éprouvée ce matin, bien que l'inéluctable issue fût connue depuis de nombreux mois, est à la mesure du plaisir simple ressenti à utiliser quotidiennement un appareil Apple. Elle est également directement liée à une histoire commune avec cet homme qui a été étroitement associé à ma vie professionnelle et qui n'a eu de cesse d'améliorer les outils et se projeter parfois très loin dans l'avenir. Sa force résida essentiellement à proposer des produits qu'il croyait bon, souvent à contre courant, et non des produits attendus par les clients au travers d'études de marché insipides. Il a toujours surpris en allant au-delà des demandes du marché. Aujourd'hui, devenu l'icône absolue de la création et de la modernité, il est l'unique chef d'entreprise à être pleuré comme une Rock Star.

Les génies sont suffisamment rares pour ne pas les saluer quand ils s'en vont. Ce texte m'a pris une demi-heure de mon temps. Comparé à celui qu'il m'a fait gagner depuis vingt ans, je me sens minable.

mardi 30 août 2011

Cinéma : La Planète des Singes, les Origines - Ruppert Wyatt

Dans un laboratoire, des chercheurs travaillent sur la maladie d'Alzheimer et expérimentent un nouveau traitement sur des chimpanzés. Malheureusement, malgré des résultats prometteurs, la substance utilisée augmentant de façon radicale l'activité cérébrale des sujets, la présentation des résultats aux actionnaires tourne mal. L'une des femelles, soudainement devenue hystérique et violente, s'échappe du laboratoire et sème la panique dans tout l'édifice. Les recherches sont abandonnées et le cheptel est abattu. Le chercheur responsable découvre alors un bébé caché dans l'une des cages, cause du comportement agressif de la mère, et décide de le sauver en le ramenant chez lui. Son père, atteint par la maladie à un stade avancé, trouve chez César un compagnon quotidien. Le jeune singe fait rapidement preuve d'une intelligence hors du commun et il grandit tranquillement dans cette maison accueillante jusqu'au jour où un incident regrettable le conduira dans un établissement spécialisé, parmi d'autres congénères, encagés, sous les brimades de gardiens pervers. S'estimant trahi par les hommes il fomentera la révolte de son espèce dans un affrontement final spectaculaire.

J'ai adoré. De toute façon j'adore ce genre de délire. Outre le scénario, simpliste mais bien ficelé et la qualité des finitions, l'émotion est présente dans de nombreuses scènes à travers la gestuelle et le regard troublant et pénétrant de ce Spartacus simiesque.

Il s'agit de l'adaptation d'un grand roman de science-fiction de Franklin J. Schaffner de 1968, lui-même adapté des romans de Pierre Boule. Cette fable philosophique, place l'homme face à sa relation et ses devoirs envers les espèces (les races ?) dominées, traite de son dédain et de son arrogance trop souvent affichés qui entraînent généralement révolte et vengeance. Ces poncifs maintes fois rabâchés trouvent ici une expression passionnante et poignante grâce aux effets spéciaux magistraux (WETA, studios oscarisés pour Avatar) qui permettent aux singes sous-hommes, d'afficher toutes une palette de sentiments, de l'amour à la rage en passant par la peur ou la joie...

Bluffant et troublant.

samedi 30 juillet 2011

Cinéma : Lourdes - Jessica Hausner

Décidément, je dois avoir un véritable problème avec les films qui parlent du Petit Jésus ou de sa bande. Il semble que je sois attiré par le sujet et, en même temps, fort prompt au dégommage. Oui, mais il y a de quoi...

Lourdes ! Est-il nécessaire d'user d'un jeu de mot facile pour décrire les 109 minutes affligeantes qu'il m'a fallu endurer pour parvenir au bout de cette soporifique entreprise ?

Avant toute chose, chapeau de s'être attaqué à ce sujet délicat qui ne peut basculer, au choix selon la culture du réalisateur, que vers la comédie grasse et lourdingue ou le pensum prosélytiste. Ici nous avons droit seulement à un ennui continu, la réalisatrice étant autrichienne mais je ne vois pas le rapport...

Petit résumé : Christine (Sylvie Testud) est en fauteuil roulant depuis pratiquement toujours. Ce séjour à Lourdes représente pour elle une sortie, un moyen d'échapper à un quotidien terne et rencontrer d'autres humains. Le groupe auquel elle appartient est encadré par de jeunes bénévoles de l'Ordre de Malte, dont la responsable, l'inquiétante et évanescente Sœur Cécile, sera évacuée à l'hôpital suite à un grave malaise. Au pays des miracles voilà qui fait désordre et représente le point comique et satirique culminant de l'œuvre. Christine s'offre la totale : bains, bénédiction, procession dans la célèbre grotte de cette chère Bernadette, cierge énorme, magnifique et forcément phallique... Sans vraiment trop y croire, jouant d'avantage les touristes que les grenouilles, Christine se lève finalement un beau matin, miraculeusement guérie. Tout d'abord applaudie et respectée, elle devient vite la cible des rancœurs et autres jalousies. Pourquoi elle, qui vient ici pour la première fois ? Christine entend alors rattraper le temps perdu et rêve d'amour, de travail, de famille... repartir à zéro, un des jeunes bénévoles semble d'ailleurs s'intéresser à elle (pourtant elle est habillée comme un sac)...

Bien ! C'est (volontairement ?) mal filmé, terne et sans chaleur ni contraste. Les plans, les cadrages, les mouvements de caméra sont minimalisés au maximum comme si l'économie de moyen était raccord avec le sujet, il semblerait que ce soit le cas (cf "Des hommes et des Dieux"). Lourdes est pourtant tout le contraire, sa vulgarité mercantile et ses opulentes boutiques de souvenirs, ses monuments et décors religieux pompeux qui font parfois penser à DisneyLand, sa foule colorée qui se presse calmement vers les lieux de culte et d'adoration... Tout cela a été gommé, délavé, terni et filmé à la façon d'un médecin légiste. Les dialogues sont rares et plats. Seules les explications fumeuses et embarrassée du curé de service pourront soutirer quelque sourire entendu aux athées anticléricaux dont je suis.

Aucune émotion, une totale inaction, un ennui profond... que le calvaire fut long. Où se rendait Jessica Hausner et pourquoi ce film ? Telle est la question. Une énorme chape de mollesse plombe littéralement la réalisation et l'argument et il est difficile d'y voir la moindre satire, comme on peut le lire dans la presse critique, Lourdes étant déjà en soi une parodie de la foi(re) chrétienne. Il suffit de planter sa caméra dans cette ville pour que se révèlent aussitôt les travers et les outrances de cette religion. Les caméras de surveillance devraient être en mesure de nous en apprendre d'avantage.

Reste que la Testud est épatante dans ce rôle de tétraplégique où l'expression du visage passe bien avant les dialogues, pratiquement inexistants et insipides.

vendredi 22 juillet 2011

Humeur : Le Râle Fatal du Provincial


Nous avions pensé : " Les enfants grandissent et entrent dans l'adolescence. Ce serait bien de quitter notre charmant cottage Tarn-et-Garonnais pour rejoindre la capitale où ils pourraient s'épanouir culturellement. Un retour aux sources et un rapprochement d'une partie de la famille..." Nous adorons Paris et nous y sentons bien.

Nous l'avions pensé tellement fort que nous avions mis en branle, deux ans en arrière, le processus infernal du déménagement. Passer d'une maison très spacieuse et ses dépendances, à un appartement parisien même confortable, relève d'avantage du chausse-pied que du changement de déco. Joëlle avait retrouvé son employeur parisien, quitté treize ans auparavant, les enfants étaient inscrits chacun dans un collège comme il faut, les cartons s'empilaient tranquillement dans le grand atelier... tout s'agençait harmonieusement. Nous partîmes donc, la fleur à la boutonnière, pour deux semaines de recherches et de visites.

Prise de rendez-vous à la chaîne les dix jours précédents, préparation d'un dossier complet de pièces justifiant notre contribuable position... nous étions gonflés à bloc car nous savions que ce ne serait pas simple, en si peu de temps, de trouver notre futur Sweet Home que nous souhaitions intégrer vers la mi-août, nous étions début juillet... 45 jours ? Jouable.

UNE GALÈRE EXCEPTIONNELLE !

Pour faire court, nous sommes contraints, momentanément de rester dans notre trou, qui, même s'il est bucolique, confortable, spacieux, stylé,... je passe sur les qualificatifs qui font dire à certains que nous sommes cinglés de quitter ce paradis pour la ville qui pue... il n'en demeure pas moins que c'est un trou.

Pour développer un peu, sur Paris l'offre est importante et de qualité. La demande, elle, est au minimum vingt fois supérieure et d'un niveau certain... en tout cas elle répond à certains critères très recherchés que nous ne possédons visiblement pas. Un très cher ami, travaillant pour un réseau international d'agences immobilières m'a clairement confirmé ce que certains professionnels rencontrés nous avaient déjà expliqué. Le marché de l'immobilier parisien est devenu fou il y a une dizaine d'années et particulièrement ces deux dernières. Le profil idéal du locataire parisien : couple de fonctionnaires, relativement âgés et argentés. Il semble que Paris devienne de plus en plus une "ville de vieux". Un propriétaire préférera ne pas louer que de prendre le moindre risque. Heureusement pour eux la demande progresse et ce sont jusqu'à cinquante dossiers par appartement qui s'amoncellent sur les bureaux des agences. Une forme de liste d'attente dont on satisfait, au compte-gouttes, les dossiers qui offrent les meilleures garanties. La plupart des annonces ne paraissent même plus dans la presse ou sur internet, trop de perte de temps en visites, alors que les candidats se bousculent et qu'il n'y a qu'à piocher dans le haut de la pile...

Tout cela est parfaitement logique. Mon statut d'indépendant est un frein évident, même si certains s'en cachent, et à moins d'être inscrit à l'un des Ordres prestigieux et gagner beaucoup plus d'argent que ce qui est demandé d'ordinaire à un fonctionnaire, je n'avais visiblement pas le profil demandé. Bien souvent, il ne s'agissait même plus de moyens mais bien de statut.

Combien de fois nous a-t-on aiguillés sur la banlieue ? Certes... mais non. Nous avions vécu de nombreuses années dans Paris intra-muros, poussant le luxe jusqu'à aller travailler à pieds. Nous ne nous voyions pas abandonner une qualité de vie qui est la nôtre actuellement pour supporter les contraintes multiples d'une vie banlieusarde sans les nombreux avantages qu'offre Paris. Nos deux petits ont grandi en pleine nature et nous souhaitions leur simplifier la ville au maximum.


Nous nous sommes donc heurtés à un mur et nous ne voyons aujourd'hui aucune solution "normale" pour redevenir locataire à Paris. Nous resterons donc provisoirement propriétaires à Meauzac. Nous attendrons l'occasion favorable, le bon plan, la rencontre opportune ou le coup de main salvateur. Le projet est juste placé entre parenthèses.

Toute cette aventure affligeante nous aura permis de redescendre un peu sur terre en nous confrontant à la vraie vie. Une bonne claque n'a jamais fait de mal à personne.

mardi 8 mars 2011

Cinéma : Des Hommes et des Dieux - Xavier Beauvois

Il fallait le voir, je le vis donc.

Autant le dire en préambule, je n'ai absolument pas été touché par la grâce que dégage ce film dans les sphères intellos et cathos, pires, je me suis fait schmoutz durant la moitié du temps, la seconde étant réservée à l'indignation. Si nous avons là ce que le cinéma français possède de mieux en magasin en ce moment, nous sommes alors véritablement en train de patauger en pleine crise existentielle.

Sujet respectable, acteurs intouchables, mise en scène minimaliste, sobriété de rigueur... le réceptacle idéal de multiples Césars... objectif atteint. L'effet Cannes sans doute où il reçut le Grand Prix du Festival, ce qui n'a rien d'étonnant venant de ce rituel assommant.

Au-delà des récompenses qui ne regardent que ceux qui les octroient et leurs bénéficiaires, il y a tout de même de quoi se poser des questions sur la qualité cinématographique de ce poncif truffé de lieux communs aux relents colonialistes douteux mais il est vrai que religion et colonialisme ont toujours été étroitement liés :

"Partir, c'est mourir" ou bien "le berger n'abandonne pas ses moutons quand vient le loup"...

Tout le monde connaît le drame de 96 que retrace le film. Il s'agit bien d'un drame, non celui de la barbarie que peut véhiculer souvent la religion - ici celle locale et concurrente - bien que Beauvois reste très soft à ce niveau, mais celui de l'arrogante faiblesse des moines protagonistes qui se retrouvent perdus face à une situation qui les dépasse, sans repère véritablement sérieux dans une époque qui vacille.

Partira ? Partira pas ? Voilà le fil rouge du scénario. À la façon du "Douze hommes en colère" de Lumet, le vote du premier tour de table fait apparaître des avis partagés entre ceux qui désirent partir car prévoyant un suicide collectif, ceux qui ne savent pas où aller car déphasés et ceux qui n'ont aucun point de vue tant ils n'évaluent pas vraiment la situation. En fait, leur présence en ces lieux relevant de la Volonté Divine, certains ne vont pas chercher plus loin... Super ! Le moine est ainsi fait qu'il tient ses ordres de Dieu et qu'il est par définition dans son bon droit. Le moine est également croyant, toujours, et pratiquant, la moitié du temps et du film, ce qui contribue à plomber d'avantage le rythme du film, si cela était nécessaire.

J'avoue que mon anticléricalisme radical m'a rendu ce film insupportable tant il est ponctué et sur-ponctué de scènes liturgiques lassantes et lancinantes pour mieux nous faire sentir que ces hommes consacrent presque toute leur vie à prier, qu'ils sont hors du temps et de la tempête qui souffle à l'extérieur et qu'ils seront bien les victimes innocentes d'un dénouement dramatique qui tarde tant à venir... Il est vrai que Lambert Wilson chante fort bien et que Michael Lonsdale est particulièrement touchant en vieux médecin...

Tout cela est finalement très mou du genou, moyennement réalisé et peu émouvant, même si les acteurs sont bons, en regard du drame véritable que fut cet événement et, pour ma part, peu flatteur pour ces hommes indécis qui attendent sagement d'être sacrifiés. Maintes fois on ressent le désir de crier à l'unisson des autorités locales : "Mais bougez-vous bon sang, barrez-vous ailleurs où vous pourrez être tout aussi utiles plutôt que de prendre le risque de mourir ici…" Là où certains voient du courage, je ne vois qu'un sacrifice imbécile et inutile. Cette religion vénérant l'immolation et la souffrance du Christ, le dénouement ne pouvait pas être un happy end mais nous dépassons là le simple cadre du film.

Le mystère de la foi réside peut-être là, porter au pinacle une œuvre austère, très loin des standards bling-bling cinématographiques du moment. Cette sobriété aurait put être un gage de qualité si l'ensemble n'était pas tant maniéré dans sa retenue de tout. Quand l'ennui devient vertu l'argumentaire est superflu.

jeudi 28 octobre 2010

Humeur : Le Cimetière des avatars

Mon ami B.o.B. a soulevé récemment une question qui, loin d'apparaître fondamentale à première vue, mérite cependant que l'on y accorde un temps confortable de réflexion.

"Que deviennent les avatars des joueurs morts ?"

Cela peut paraître dérisoire mais en vérité, la virtualité est devenu une véritable religion pour un certain nombre d'humains. Les nouveaux univers fleurissent et se développent à l'envie d'un bout à l'autre du web.

Qu'il s'agisse de chat 3D comme Second Life, imvu, Virgal, ou Alliun, pour ne citer qu'eux ou bien encore la multitude de MMORPG (Massively Multiplayer Online Role Playing Game) comme World of Warcraft, SpaceWars, Legende, Monarchies ou Last Chaos, on ne compte plus les points de passages vers ces mondes parallèles.

Nul ne peut prétendre mettre les pieds sur ces nouveaux territoires utopiques et fantasmagoriques hors son avatar. À l’instar de nos amis mexicains franchissant la frontière US, ce sont des millions de personnages qui passent quotidiennement derrière le miroir high-tech.

Il y a, quelque part, aux confins de milliers de serveurs, des centaines de millions de personnages tous différents, uniques, formidablement désinhibés, extravertis, fantasques et colorés qui se cherchent, dialoguent, s'aiment, se battent, s'entretuent et meurent...

Est-il déraisonnable de penser que ces êtres numériques sont bien réels, du moins autant que peuvent l'être quelques lignes de code ? Au-delà de l'aspect sociologique ou psychiatrique que revêt un tel phénomène, l'existence "physique" paraît indéniable et la mort ludique du joueur humain n'entraîne pas nécessairement la disparition de son avatar. Admettons qu'il sorte de l'espace visible du jeu, où s'en vont donc errer les octets qui le composent ?

Je vous le demande...

Imaginons des zones de disques entièrement dédiées et habitées par ces avatars sans Maître, ces Ronin digitaux. Ils sont des millions à errer ou attendre patiemment qu'on les réactive pour les remettre en scène. Des mélanges d'octets sont-ils possibles, informatiquement viables ? Ne pourraient-ils envisager et rêver à l'avènement d'un Être Virtuel Suprême, une puissance engendrée par un désir collectif, un délire communautaire qui partirait en conquête, une vengeance de l'oubli ? Ce sont ainsi des millions de cerveaux connectés et entraînés montant à l'assaut de nos systèmes soit-disant inviolables, une armée invisible, impalpable, un Gestalt surpuissant qui prendrait les commandes de nos outils et armes sensibles...

Bon, je vais aller faire une partie de Wii et demander à mon Mii ce qu'il magouille quand je ne suis pas connecté...

mercredi 20 octobre 2010

Humeur : Retraites ? Courage, fuyons !

Voici l'affaire du moment qui déchire les esprits si tant est qu'ils en aient besoin. Vu l'ambiance française de ces derniers mois face au démantèlement programmé de notre système social, envié du monde entier, dixit ceux qui sont aux commandes du Bulldozer Amiral, le bordel qui s'annonce a quelque chose de réjouissant. Une réplique, enfin. Un sursaut populaire pour dire STOP ! aux manœuvres de Passe-Partout 1er et de son gang de prédateurs sans pudeur ni morale.

Une riposte, sans doute encore trop timide, qui s'organise et qui entend clamer son refus de perdre ce qui a été si difficile à obtenir. Elle montre du doigt les responsables, les goinfres qui en veulent toujours plus au détriment de ceux qui gagnent toujours moins. L'argent est ailleurs, certainement pas dans les poches des smicards qui se pressent toujours plus nombreux aux comptoirs des Banques Alimentaire et autres Restos du Cœur... L'indécence absolue des discours patronaux/gouvernementaux, relayés par les médias complaisants qui participent à la curée, est littéralement révoltante.

Oui, le monde change, oui, nous vivons plus longtemps, oui, il y a moins d'actifs et plus de retraités, oui, il faut réformer... ET ALORS ? Sont-ce là des arguments suffisant pour épuiser et affamer sans vergogne ?

Vivre plus longtemps implique-t-il automatiquement de travailler plus longtemps ? Une société hautement évoluée n'entend-elle pas réduire au contraire l'effort des citoyens en répartissant au mieux les ressources ? C'était en tout cas l'esprit du concept "retraites" jusqu'alors. Aujourd'hui les ressources sont confisquées par le Marché et le salarié est devenu le nouvel esclave du rentier.

Effectivement les caisses sont vides et les actifs, chanceux de l'être, ne suffisent plus à les remplir. L'argent est ailleurs, dans les coffres de ceux qui détournent les fonds en démantelant les entreprises et en supprimant de ce fait quelques centaines de milliers d'emplois supplémentaires chaque année. Les vases communiquent à sens unique.

Caricature ? Si peu mais une colère croissante sans aucun doute !

Les étudiants et les élèves manifestent. "Scandaleuse manipulation de la part de l'opposition et des syndicats..."
Bien sûr, l'adolescent possède un cerveau immature voire incomplet, c'est un fait scientifique avéré. Nos gouvernants sont d'accord pour descendre l'âge pénal à 13 ans mais refusent de voir dans le mouvement des jeunes la moindre réflexion politique. Certains élèves profitent de l'occasion pour sécher ? Certainement mais généraliser, c'est dénigrer donc mépriser. Ils sont sinon au premier plan, du moins directement concernés par les mesures car ils travailleront très prochainement, pour ceux qui trouveront un emploi, bien sûr.
Une angoisse supplémentaire avant d'entrer dans ce vampirique monde du travail.

Quand bien même... et si les retraites n'étaient qu'un prétexte supplémentaire pour signifier aux dieux élyséens que les simples mortels sont en réelle souffrance, qu'il faut libérer la justice, enchaînée et bâillonnée dans une oubliette de Davos et que le mot "Réforme" ne signifie pas nécessairement "Racket" ?

mardi 19 octobre 2010

Humeur : "Life is a fucking video game !"

Tu avances, toujours et, même si tu fais une pause sur le bord du chemin, c'est l'ensemble du décor greffé sur le funeste tapis roulant qui continue inexorablement sa lancinante avancée. Il te faut donc avancer un peu plus vite pour être prêt et avoir l'opportunité de choisir. Prendre tel chemin, ouvrir telle porte, prononcer tels mots ou bien ne rien faire, ne rien dire... Comme tu choisis tu vis ! Ramasser de l'or, se battre, prendre des vies, se faire des amis, rencontrer, échanger, s'isoler,...ton personnage se forge et s'endurcit après chaque niveau mais il s'épuise aussi, un peu plus chaque jour pour tenter de saisir la règle de ce jeu hallucinant... la partie se termine en général sur un "Game Over". A ce jour, aucun gagnant ne s'est fait connaître.

jeudi 30 septembre 2010

Humeur : C'est Marianne qu'on guillotine !

Liberté, Égalité, Fraternité, voilà un vocabulaire devenu indécent voire blasphématoire dans la bouche d'une partie grandissante de la population bien pensante de droite.

Afficher avec arrogance et cynisme son mépris des valeurs fondatrices de notre république c'est appartenir à l'équipe des "Winners" qui dessinent la France et le monde de demain. Accumuler du pognon au détriment de travailleurs précaires et terrorisés c'est s'afficher aux côtés des prédateurs cannibales et conquérants. Applaudir des quatre membres à l'expulsion d'Européens indésirables c'est oublier volontairement une histoire particulièrement nauséabonde et réhabiliter un dessein que l'on croyait terrassé. Remettre en cause de façon accélérée des acquis douloureusement obtenus depuis la dernière révolution, c'est jeter aux oubliettes les idées qu'elle engendra et en négliger le sens littéral qui est celui de la rotation et du retour. Des têtes tombèrent pour venger une injustice longuement subie, elles tomberont de nouveau, ce qui peut arriver de mieux en regard du délabrement en cours de notre système social et plus généralement des relations humaines.

Je me suis retrouvé récemment au centre du sempiternel débat concernant les différences entre la droite et la gauche. Cerné par deux représentants d'une droite pure je ne me suis vu opposer qu'un unique argument économique comme différence essentielle. État arbitre et libéral Vs état dirigiste et socialiste (si l'on veut bien considérer que le parti socialiste représente légitimement la gauche). Voilà la réduction ultime permettant à la droite de s'approprier les valeurs sociales faisant défaut. Affirmer que seul l'économique différencie Droite et Gauche voilà l'argument bancal par excellence car depuis des décennies, depuis le renforcement de l'union européenne, depuis cette diabolique mondialisation, la gestion des affaires de la France passe entre des mains différentes mais garde un cap relativement proche en tentant simplement d'éviter les écueils. Les enjeux ne dépendent pas des pouvoirs en places et il est aisé d'observer, à l'approche d'échéances électorales, des gouvernements de droite pratiquer une économie de gauche plus sociale et inversement. Non, les différences sont beaucoup plus manifestes et puisent leur origine aux sources de l'histoire humaine.

La lutte des classes chère à Marx n'est pas une simple vue de l'esprit, un vilain hochet que l'on agite pour effrayer l'enfant bourgeois capricieux. Elle existe depuis toujours, ou presque, reposant tout d'abord sur la grosseur du gourdin puis sur une répartition plus subtile des ressources et des pouvoirs au travers des différents ordres qui aboutirent à ceux du clergé, de la noblesse et du tiers état, ce dernier comptant tout le reste, la roture, du misérable paysan au bourgeois commerçant le plus gras. Ces mêmes bourgeois décidèrent de changer ce système d'ordres inique pour un autre plus équitable (rires), basé uniquement sur les classes, beaucoup plus harmonieux avec leurs propres valeurs dont celle essentielle de l'argent. L'argent devenait enfin le mètre étalon du pouvoir et il l'est encore aujourd'hui. Il suscite une absolue vénération et des temples très puissants entretiennent son culte planétaire.

N'en déplaise à Monsieur Bayrou et son "ni droite, ni gauche" qui piétine allègrement l'histoire dans un unique souci de récupération, des contrastes violents existent. Des millions d'hommes et de femmes sont morts tout au long des siècles pour tenter de rétablir un minimum d'égalité ou simplement ne pas crever de faim.

Quand la droite place l'économie au centre de tout et fait de l'homme son serviteur servile avec pour unique but le profit de quelques-uns, la gauche (la vraie gauche) place l'homme au centre de tout et fait de l'économie un outil à son service avec pour but le bien-être du plus grand nombre. L'homme de droite agit donc pour son bien seul (et celui de son cercle proche) tandis que l'homme de gauche agit pour la communauté. Voilà naïvement et grossièrement la répartition des 2 camps. Il y a bien sûr des exceptions et des nuances à ce constat mais globalement le camp choisi implique des choix politiques et des répercussions sur le milieu.

Aujourd'hui la devise Liberté, Égalité, Fraternité se voit amputée de ses deux derniers membres. Si le Français tolère plus ou moins bien une société de classes, s'il accepte globalement et historiquement que certains gagnent énormément d'argent tandis que d'autres tirent la langue en fin de mois, il refuse catégoriquement un retour à une société d'ordres, ses privilèges et sa justice multivitesses. C'est exactement ce qui est en train de se passer et c'est pour cela que la colère gagne du terrain. Le peuple doit être repris en main et seul un peuple apeuré est contrôlable. En brouillant les pistes Droite/Gauche, en creusant toujours d'avantage le fossé entre ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien, en faisant de l'argent une valeur quasi morale, en protégeant les puissants et en persécutant les plus faibles, nos gouvernants fragilisent la paix sociale. Il nous reste certes des libertés, celles de consommer du crédit et des programmes décérébrant ou bien encore celle de se pendre dans sa cave quand la douleur ou la misère est devenue intolérable. L’égalité est devenue une vieille belle idée, complètement décatie. Il suffit d'observer les mondes de l'école, du travail ou de la justice pour mesurer à quel point elle s'est vidée de son sens. Pour ce qui est de la fraternité, voilà le dernier mot à la mode, à la fois grossier et rigolo, que les bouches de droite goûtent comme une friandise...


Liberté, égalité, fraternité
, cela sonne comme une vieille comptine que l'on chante aux enfants pour les endormir.

jeudi 24 juin 2010

Film : L'Agence tous risques - Joe Carnahan

Que les purs fans de la série des 80's passent leur chemin car le relookage est radical. On est passé du ringard pépère à l'absolu déjanté.

Joe Carnahan s'est visiblement donné pour mission de repousser les limites de l'improbabilité pyrotechnique et acrobatique.

Une fois n'est pas coutume, j'assume mes plaisirs coupables (?) face à ce blockbuster de 165 millions de dollars que je préconise sans l'ombre d'un complexe, tant le n'importe quoi peut avoir des vertus curatives quand il est paré d'un second degré indéniable et jubilatoire.

C'est insensé, drôle, musclé et le scénario tient sans peine sur un ticket de cinoche, ce dont on se moque royalement dans le cas présent.
Tous les moyens de transport et les types d'armes sont utilisés, les cascades sont complètement dingues et les acteurs visiblement ravis d'être là, Liam Neeson "Hannibal" et Bradley Cooper "Futé" en tête pour ne citer qu'eux.

Bref, nous avons à faire à un produit typiquement bourrin-jouissif.

lundi 14 juin 2010

Film : Green Zone - Paul Greengrass

Irak 2003. Un officier américain chargé de dénicher les A.D.M. "armes de destructions massives" se rend rapidement compte que les informations communiquées par son État-major concernant les supposées caches sont bidons. Il décide alors de savoir pourquoi et qui est derrière tout cela.

Réalisateur des deux derniers volets de la saga Jason Bourne ("The Bourne Ultimatum" et "The Bourne Supremacy) avec le même Matt Damon, le réalisateur anglais Paul Greengrass, ancien documentariste, démontre avec brio qu'il est possible de marier l'action haute de gamme et la réflexion historique documentée.

La reconstitution d'un Irak chaotique est particulièrement bluffante. Poussière étouffante, chaleur accablante, foule hystérique, vacarme des matériels militaires, services gouvernementaux perfides, tension palpable continue... tout est réuni devant une caméra à l'épaule parfaitement anxiogène, suivant le militaire dans sa quête de vérité quelque peu dépassé par les événements.

Magnifique de tension, de doute et de ténacité, Matt Damon est de tous les plans, ou presque, et porte sobrement l'action qui ne faiblit à aucun moment. Suspens intégral pour ce bien sale scandale mondial.

À voir absolument pour le brio de la mise en scène.

jeudi 3 juin 2010

Film : Le livre d'Eli - Albert & Allen Hughes

L'apocalypse a eu lieu il y a trente ans et la terre n'est plus qu'un vaste champ de ruines infestées de bandes barbares et anthropophages. Eli marche depuis trente ans, solitaire et silencieux, se protégeant des agressions et grappillant tout ce qu'il peut trouver sur sa route. Il marche vers l'Ouest, investi d'une mission divine, jusqu'à ce qu'il traverse une petite ville en survivance et ne se heurte à Carnegie, le maître redoutable de cette communauté à la dérive.

Bien... Il suffit de se balader sur le net pour se rendre compte que toutes les critiques sont éreintantes et, effectivement, les arguments sont accablants.

Bien sûr qu'il y eut "La Route" peu de temps avant qui bénéficia de critiques plus complaisantes, le livre dont il était adapté, étant d'un niveau bien supérieur, sans aucune mesure...

Bien sûr, que l'on peut voir ici un produit à mi-chemin entre Mad Max et la Passion du Christ, toutes proportions gardées...

Bien sûr que les images ont été vues cent fois...

Bien sûr qu'il s'agit d'un warrio-catéchisme à deux euros, le héros distribuant sereinement les pains tout en prêchant et en parsemant sa route de dizaines de cadavres sales, puants et déshumanisés...

Bien sûr que le fond du sujet et la morale qui s'en dégage sont évangéliquement simplistes, grotesques et douteux...

Et pourtant, j'ai complètement été accroché par l'ensemble et le charisme absolu de Denzel Washington. Elégant, efficace et mystérieux, il traverse l'histoire et les images délavées avec tellement d'aisance et d'obstination, qu'il donne à l'ensemble une facilité de regard, malgré les nombreuses scènes violentes et un désir prégnant de l'accompagner jusqu'au bout de sa quête pour en connaître la chute. Gary Oldman compose quant à lui un méchant raffiné et impitoyable, rôle qu'il n'avait pas tenu depuis des années.

Voilà. Il est des films que l'on sait sinon mauvais du moins ratés, pour un ensemble de raisons listées et connues, mais que l'on ne peut s'empêcher de regarder jusqu'au bout en y prenant un certain plaisir avoué.

mercredi 26 mai 2010

Film : Robin Hood - Ridley Scott

Angleterre XIII siècle. Un simple archer, Robin Longstride, de retour chez lui avec sa bande de potes mercenaires, déjoue à moitié une embuscade tendue à Sir Robert de Loxley, Comte de Huntington, censé rapporter à Londres, la couronne du Roi Richard Coeur de lion, mort sur le champ de bataille. Avant de succomber à ses blessures, il lui fait jurer de remettre cette couronne au Pince Jean, le frère hériter, ainsi que de rapporter son épée à son vieux père, Walter de Loxley, dans le comté de Nottingham.

Au terme du voyage, il découvre une région corrompue, sous le joug d'un shérif impitoyable aux ordres du Prince qui affame son peuple à grands coups d'impôts et de taxes. Robin rencontre Lady Marianne, la veuve de Robert, femme forte et autonome qui dirige et exploite les terres du domaine. Walter propose enfin à Robin de se faire passer pour son fils de retour des croisades, car à sa mort et sans aucun héritier aux yeux de la loi, toutes ses terres reviendraient à la couronne et Marianne se trouverait alors dépossédée de tout.

C'est ainsi que l'archer devient comte et qu'il mettra tout en œuvre pour unifier les Barons et sauver le trône d'Angleterre menacé par un complot et une invasion française. Une fois le danger repoussé, le Prince Jean reniera toutes les promesses faites aux Barons et, par jalousie, fera de Robin de Loxley, le célébrissime hors-la-loi de la forêt de Sherwood.

Le film retrace donc la naissance de la légende.

Voilà ce qu'on peut appeler un produit parfaitement qualibré.
Un héros magnifique et sans fioritures… terminés les collants verts d'Errol Flynn ou le brushing de Kevin Costner. Ici c'est plutôt cuir, métal, sueur, boue et sang.
De l'action et des combats particulièrement violents et formidablement reconstitués. Le débarquement final des armées françaises reste un grand moment épique.
Un brin de romance, juste le minimum syndical, entre un Robin qui a visiblement d'autres préoccupations et une Marianne plutôt coriace qui manie aussi bien la charrue que l'arc.

Je ne cacherai donc pas le plaisir ressenti durant ces 2h20 jubilatoires. Scott possède un réel savoir faire pour mettre en scène l'héroïsme le plus exubérant et Russell Crowe, qui a ici troqué sa jupette en cuir et son glaive contre une cotte de mailles et un arc, apporte au rôle suffisamment de virilités et de détermination pour transformer cet épisode historique en une véritable épopée flamboyante.

Le genre de film qui viole tranquillement l'histoire pour accoucher d'un spectacle excessif certes mais également puissant et éclatant.

mardi 18 mai 2010

Film : Le Ruban Blanc - Michael Haneke

1913-1914. À la veille de la première guerre mondiale, un village prussien, protestant et puritain, devient le théâtre d'accidents et de sévices mystérieux qui se révèlent être des actes punitifs et justiciers. À travers différentes familles, le baron, le régisseur, le pasteur, le médecin, la sage-femme et les paysans, nous découvrons la vie austère de ce microcosme terne et monotone où l'instituteur du village, narrateur des faits, mènera l'enquête et finira par découvrir qui se cache derrière ces drames odieux.

Filmé en noir et blanc, pour ne pas dire en gris tant la chape de plomb est pesante, ce récit de 2h25 d'une austérité radicale, observe d'avantage qu'il ne dénonce cette communauté féodale et rigoriste, cloîtrée dans ses préceptes rigides et ses silences soumis.

Haneke filme la fin d'un monde qui bientôt laissera la place à un autre bien pire. La cruauté ordinaire qui se révèle sous nos yeux préfigure sans doute les horreurs à venir. Le fascisme et sa violence peuvent naître insidieusement n'importe où, n'importe quand et chez n'importe qui. Jalousie ou rejet de la différence engendrent cette dérive tranquille et silencieuse, presque innocente, qui lentement s'installe et vérole les esprits sinon les plus purs du moins ceux fondus dans le moule de la vertu la plus intransigeante.

Un cadre maussade et oppressant, des rapports sociaux archaïques sur le point d'imploser, une éducation pieuse et inflexible, l'ensemble servi par un casting renversant, des images incroyablement pénétrantes et une mise en scène radicalement épurée font de ce Ruban Blanc une œuvre proprement hypnotique.

Ce film de deux heures trente où il ne se passe rien pourra en rebuter plus d'un. Cependant l'addiction à l'extrême tension que diffuse ce film dès la première seconde me paraît inévitable. Sans doute une forme de voyeurisme captif face à cette société, malade de ses valeurs moisies et de ses désirs refoulés, se délitant sous nos yeux.

Je demeure encore complètement secoué par la puissance du propos.
Tout simplement sublime et bouleversant.

mercredi 12 mai 2010

Film : Tetro - Francis Ford Coppola

Tetro vit exilé depuis dix ans, à Buenos Aires, après avoir rompu tous liens avec l'ensemble de sa famille. Il vit avec Miranda, son unique passion, celle qui le maintient à flot, le protège de sa folie et lui prodigue un amour réciproque. Il vivote, se loue comme éclairagiste de théâtre, quand l'humeur est là...

Tetro fuit son passé et un père despotique et étouffant, illustre chef d'orchestre qui lui a tout volé, son désir d'écrire et son amour de jeunesse. Pourtant, ce matin-là, débarque Bennie, son frère cadet, en escale technique et en uniforme. Tetro avait jadis promis de revenir le chercher pour l'enlever à cet ogre de père...

Les retrouvailles sont à la fois douloureuses et fuyantes. Un terrible secret sépare les deux frères sur lequel plane l'ombre gigantesque du père aujourd'hui mourant. Le film raconte l'apprivoisement de Tetro par Bennie et la quête de vérité de ce dernier qui cherche des réponses à la disparition de son frère adoré.

Coppola filme en Noir & Blanc, d'une façon magistrale, ce théâtre d'ombres particulièrement léché. L'image est magnifiquement lumineuse. Seuls les quelques flash-back sont en couleurs. Coppola filme ainsi une partie de sa propre vie, sobrement, en plongeant au plus profond des regards et des âmes, au rythme d'une bande-son proche du Tango composée par Brian Eno.

Les acteurs sont tout simplement extraordinaires, Vincent Gallo dans le rôle de Tetro le frappé, Alden Ehrenreich, un débutant, physiquement très proche de DiCaprio, absolument bluffant, Klaus Maria Brandauer le père mégalo, Maribel Verdu la compagne aimante et Carmen Maura la Critique Culturelle, pour ne citer qu'eux...

Un film visuellement magnifique, une tension continue pour ce drame profond et bouleversant...

Le Maître a encore frappé !