mercredi 12 mai 2010

Film : Tetro - Francis Ford Coppola

Tetro vit exilé depuis dix ans, à Buenos Aires, après avoir rompu tous liens avec l'ensemble de sa famille. Il vit avec Miranda, son unique passion, celle qui le maintient à flot, le protège de sa folie et lui prodigue un amour réciproque. Il vivote, se loue comme éclairagiste de théâtre, quand l'humeur est là...

Tetro fuit son passé et un père despotique et étouffant, illustre chef d'orchestre qui lui a tout volé, son désir d'écrire et son amour de jeunesse. Pourtant, ce matin-là, débarque Bennie, son frère cadet, en escale technique et en uniforme. Tetro avait jadis promis de revenir le chercher pour l'enlever à cet ogre de père...

Les retrouvailles sont à la fois douloureuses et fuyantes. Un terrible secret sépare les deux frères sur lequel plane l'ombre gigantesque du père aujourd'hui mourant. Le film raconte l'apprivoisement de Tetro par Bennie et la quête de vérité de ce dernier qui cherche des réponses à la disparition de son frère adoré.

Coppola filme en Noir & Blanc, d'une façon magistrale, ce théâtre d'ombres particulièrement léché. L'image est magnifiquement lumineuse. Seuls les quelques flash-back sont en couleurs. Coppola filme ainsi une partie de sa propre vie, sobrement, en plongeant au plus profond des regards et des âmes, au rythme d'une bande-son proche du Tango composée par Brian Eno.

Les acteurs sont tout simplement extraordinaires, Vincent Gallo dans le rôle de Tetro le frappé, Alden Ehrenreich, un débutant, physiquement très proche de DiCaprio, absolument bluffant, Klaus Maria Brandauer le père mégalo, Maribel Verdu la compagne aimante et Carmen Maura la Critique Culturelle, pour ne citer qu'eux...

Un film visuellement magnifique, une tension continue pour ce drame profond et bouleversant...

Le Maître a encore frappé !

mardi 6 avril 2010

Humeur : L'IPad en prend plein la pomme !

L'Ipad a été mis en vente hier aux "States". Pas un média qui n'ait relaté le fait en tombant sur Apple à bras raccourcis... seuls les testeurs, la presse spécialisée et les nouveaux utilisateurs l'encensent. Sur nombre de forums également, une armée de pisse-vinaigres, de grincheux et autres atrabilaires récalcitrants systématiques au progrès, à la nouveauté ou plus spécifiquement aux entreprises confirmant avec insolence leur success-story, vomissent, par principe, sur le nouvel OVNI de la Pomme. Ils oublient simplement qu'il y a bien pire et depuis des lustres...

On reproche déjà au nouvel outil d'être futile, cher et décervelant. Dans le genre, sur la plus haute marche du podium de l'inepte et de l'inutile, jamais égalée : la téloche. Le nombre d'abrutis qui possèdent et utilisent quotidiennement ce gadget ancestral, payable à vie de surcroit, devrait faire réfléchir ceux qui conchient l'IPad, sûrement les mêmes...

dimanche 4 avril 2010

Humeur : "Islam, ce que l'Occident doit savoir"

Vu hier l'ensemble du documentaire "Islam : ce que l'Occident doit savoir". Désolé mais je ne cautionne pas cette propagande grossière.

C'est tellement énorme qu'il doit y avoir une part de vérité me direz-vous... une part oui. En fait rien de neuf sous le soleil. L'Islam, bien plus qu'une religion, est avant tout un système politique global et totalitaire. Moi, ça me rappelle simplement les grandes et belle années de notre église, il y a quelques siècles, sur les préceptes de laquelle est fondée notre civilisation chérie.

À l'écran, aucun détracteur pour une sélection très ciblée d' hadiths (paroles de Mahomet) extraits du Coran qui tendent à prouver que l'Islam est une religion de conquête et de violence, le tout pédagogiquement emballé par "d'éminents spécialistes" très posés (quand on fouille un peu et qu'on en sait un peu plus sur les intervenants, on en comprend le but)... le procédé relève bien d'avantage de l'outil de propagande que du simple documentaire objectif. De toute façon il paraît impossible d'être objectif devant un tel sujet.

Je n'ai pas plus ni moins de respect pour cette religion que pour les autres. Bien qu'elle soit aujourd'hui en mode actif et qu'une réelle violence est observable un peu partout sur la mappemonde, prendre parti c'est choisir un camp, qui se valent tous, c’est-à-dire pas grand-chose, de par l'ineptie de leur fondement même.

Libre à chacun d'être pro israélien ou pro arabe et de combler le vide de son existence par la haine de l'autre...

dimanche 28 mars 2010

Humeur : La fessée du garnement.

Une bonne fessée n'a jamais tué quiconque et permet d'ordinaire de recadrer les idées fourvoyées. D'ordinaire, en effet... mais celle-là, bien que sévère, ne semble posséder aucune vertu curative tant le chenapan est obtus pour ne pas dire teigneux.

Le petit Nicolas vient de recevoir indirectement une monstrueuse raclée et persiste à mettre en pratique l'adage notoire "on ne change pas une équipe qui gagne" ni "une politique formidable". Sans doute, justement, parce que la dérouillée fut indirecte. Tacticien courageux, il expédia au front onze de ses ministres en pensant " s'il est un succès, le scrutin sera déclaré plébiscite intime, sinon simple péripétie régionale, une paille". Aucun n'en réchappa, un massacre dans les règles d'un scrutin justicier.

D'un autre côté, il n'a guère le choix. Admettre l'ineptie de ses idées, l'égocentrisme de sa vision, la souffrance que ses choix imposent ou l'injustice dont il pare chaque recoin de notre stratosphère, lui est interdit. Remettre en cause ses fondements, aussi nauséabonds soient-ils, reste inconcevable à ce petit homme arrogant et inculte tandis qu'il passe son temps à affirmer à une France dépressive et déboussolée qu'elle est tout simplement impatiente de se faire violer par un train de réformes toutes plus iniques les unes que les autres.

Intelligent il l'est pourtant, pour avoir gravit avec tant de talent les marches du pouvoir... du moins pensions-nous tous qu'il l'était avant qu'il n'y accède et ne l'exerce. Il semble bien que seule la conquête stimulait son intellect et ses instincts de prédateur. Le but atteint, la baudruche n'a cessé de se dégonfler inexorablement. Bientôt trois années de manœuvres, de mensonges et de vents qui paraissent déjà une décennie éreintante.

Il demeure tout de même un tiers de français pour croire encore au renouveau politique promis. Je les soupçonne avant tout de vouloir en profiter tant qu'il est temps, en faisant un concours de crachat sur la fraternité, pourtant indispensable en pareille période. L'individualisme et l'égoïsme sauvages sont au pouvoir. C'est l'ordinaire de la droite, nous le savons. Cette droite-là ne se cache même plus derrière de vagues discours sociaux. Nous pouvons lui reconnaître cette franchise. Sans état d'âme, elle démantelle, réduit, supprime, détruit ou gomme ce qui subsistait de liens sociaux et de soutiens collectifs. Tout ce qui coûte et ne rapporte rien est réformé. Voilà le véritable sens des réformes engagées. La compétitivité a remplacé la fraternité, l'entraide a laissé place à un carriérisme trivial et le respect des autres est devenu un acte politique d'opposition. Pauvre pays, tellement envié jadis pour sa grandeur humaniste.

Les valeurs de cet individu méprisable et de sa clique courtisane ne sont assurément pas les miennes. Je n'ai aucun respect pour ce président qui fait souffrir son pays dont nombre de ceux aujourd'hui qui le portèrent au pinacle hier. Il m'est insupportable d'être gouverné part cet esprit vulgaire, ce parvenu, ce Rastignac sans panache. Nous avons été habitués à plus de hauteurs et d'allure et il ne nous sert que médiocrité et clinquant depuis son avènement.

La route reste longue jusqu'en 2012, autant dire encore 10 années.

mardi 9 février 2010

Film : Rien de personnel - Mathias Gokalp

Voici un huis clos plutôt malin, déroutant et exemplaire à bien des égards.

Le laboratoire pharmaceutique Muller organise une réception à l'occasion du lancement d'un nouveau produit. Au cours de la soirée, on découvre qu'il s'agit en réalité d'un exercice de coaching pour les cadres de l'entreprise. Bientôt, les rumeurs sur le rachat prochain de la société se répandent insidieusement et chacun tentera de sauver sa place.

Un premier film découpé au cordeau et réglé comme un chronomètre de précision. En plus d'être cruel, traitant avec cynisme de rachat d'entreprise et de plan de restructuration, le film utilise les codes du thriller pour mieux dramatiser et insuffler une atmosphère étouffante de suspicions croisées. Qui sera mangé et plus simplement qui est qui dans cette soirée éprouvante ? Qui coache qui et qui sont vraiment les victimes de ce jeu de massacre organisé ?

Le montage exemplaire repose sur un récit éclaté où les mêmes scènes sont filmées du point de vue des différents protagonistes et sous des angles différents. Personne n'est ce qu'il paraît être et les pions de cette partie d'échec avancent masqués sur un carrelage de faïences noires et blanches.

Les interprètes sont tout simplement géniaux, Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydès, Mélanie Doutey, Pascal Grégory, Zabou Breitman et Bouli Lanners pour ne citer qu'eux...

Qu'il est bon de se faire balader quand cela est fait avec brio.

Film : Demain dès l'aube - Denis Dercourt

Le film a pour toile de fond l'univers des "rôlistes" et les campagnes napoléoniennes. Il dépeint la relation entre deux frères, l'aîné, pianiste virtuose et célèbre, et son cadet, passionné de batailles historiques et de jeux de rôles. Leur mère souffrante, demande à l'aîné de protéger son jeune frère et l'aider à reprendre pied dans la réalité. Pour ce faire il n'aura d'autres choix que de basculer à son tour dans ce monde étrange où le jeu et la réalité se confondent dangereusement.

Voilà un film bien élégant où Vincent Perrez, après une absence de plusieurs années des plateaux, joue Paul le frère aîné, et trouve sans doute dans ce film l'un de ses plus beaux rôles, tout en retenu, en regards, en silences et en maîtrise. Jeremy Renier joue Mathieu, le jeune frère fragile et attachant qui trouve dans sa passion dévorante une reconnaissance et un accomplissement absents de sa vie réelle. Tout comme ses partenaires d'ailleurs, à l'instar de cet ancien patron déchu (excellentissime Aurelien Recoing), endossant l'habit de Capitaine autoritaire, commandant en chef du IIe Bataillon de Hussards de l'Empereur ou encore cet aide-soignant (inquiétant Gérald Laroche) celui d'un Médecin-Major exerçant son art rudimentaire lors de duels réels.

Le film s'ouvre d'ailleurs sur une scène de duel où deux hussards (mais nous n'apprenons qu'ensuite qu'il s'agit d'une reconstitution) se préparent à battre le fer pour laver leur honneur. "Au premier sang versé"... il s'agit bien d'un véritable duel, qui en cas d’accident mortel sera maquillé en accident d'escrime ou de chasse à l'arme ancienne.

Construit comme un thriller, le film bascule sans arrêt entre réalité et reconstitution. Paul le virtuose plonge dans ce monde hallucinant pour faire plaisir à ce frère qu'il adore mais dont ses activités, ses concerts et ses succès l'ont éloigné de lui. Il est contraint de rentrer dans ce jeu qu'il observe tout d'abord avec amusement et étonnement revêtu de son habit de Hussard du Ve Bataillon Impérial. Il se rend compte bientôt qu'il ne s'agit pas d'un simple jeu et s'investit d'avantage afin de protéger ce frère qu'il pressent en danger. L'amusement se transforme très vite en agacement puis en crainte pour se terminer en véritable cauchemar quand il est lui-même confronté à l'honneur bafoué et à la haine du Capitaine qui voit dans le duel l'unique moyen de laver un affront imaginaire et grotesque.

Film sur la schizophrénie, sur le désir ou le besoin de jouer pour échapper au quotidien, sur la folie de s'échapper trop loin, ce film étrange, très bien écrit, formidablement joué, filmé avec sobriété, est d'une saveur rare.

vendredi 29 janvier 2010

Film : A Serious Man - Ethan et Joel Coen

Midwest 1967, Larry Gopnik, Professeur de physique est accablé par un quotidien médiocre. Sa femme Judith le quitte pour une connaissance qu'elle juge plus important que son insignifiant mari, sa fille Sarah passe son temps à se laver les cheveux et pioche en cachette dans son portefeuille pour se faire refaire le nez, son fils Danny a des problèmes de discipline à l'école hébraïque, Arthur son frère aîné, assisté social, dort sur le divan du salon, sa belle voisine le perturbe, son voisin le provoque, ses collègues de l'université le menacent de non-titularisation, un éleve coréen le harcèle en le soudoyant pour obtenir une meilleure note... Au bord de la noyade, il décide de consulter trois différents rabbins pour l'aider à trouver un sens à sa vie et devenir un "Mensch", un homme sérieux, un homme bien.

Je suis un grand fan des Cohen et fatalement, fort douloureuse fut la chute devant ce monument d'ennui d'1h44. Film pour initiés, décrivant assez bien, je pense, les mentalités et coutumes des communautés juives moyennes américaines pétries de traditions, d'interdits et de retenues, il laisse finalement difficilement pénétrer le "goy" moyen, sans connaissance du rituel et de son vocabulaire.

Que les frères se soient fait plaisir, ne fait aucun doute. On perçoit malgré l'ennui, une dérision jubilatoire, un règlement de compte chaleureux avec ce que fut sans doute leur jeunesse mais l'univers est trop éloigné et trop confidentiel pour permettre d'y participer pleinement et rire, voire sourire avec eux, des malheurs acidulés et aseptisés de Larry. Quelques scènes cocasses, permettant de rester éveillé, jalonnent ce parcours initiatique, comme celle de Larry, filmé du haut de l'amphithéâtre, minuscule devant un gigantesque tableau noir recouvert de centaines d'équations mathématiques censées démontrer le principe d'incertitude.

Couleurs acidulées justement, légèrement passées (plutôt esthétiques d'ailleurs) et mise en scène minimaliste, confèrent à l'ensemble un non relief plombant d'avantage l'ambiance.

Vraiment, cela faisait bien longtemps que je ne m'étais pas autant rasé devant un écran. En espérant que leur prochain sera plus accessible.

jeudi 10 septembre 2009

Mangez-le si vous voulez : Jean Teulé

Une des anecdotes les plus honteuses de l'histoire du XIXe siècle est ici dévoilée, à savoir le lynchage et la torture d'un jeune aristocrate périgourdin, Alain de Monéys, qui se rendait tout naturellement à une foire située dans un village voisin.



Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune Périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin.

Il arrive à destination à quatorze heures. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.



Pourquoi une telle horreur est-elle possible ? Comment une foule paisible peut-elle être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare ?


125 pages de bonheur ! Comment dire cela devant un tel sujet ?... et pourtant, tout l'art de conteur de Jean Teulé est bien là. L'aventure est ignoble, abominable, inconcevable. On referme l'ouvrage et l'on pense... impensable ! Comment un homme connu, respecté et apprécié de ses voisins devient subitement l'objet d'une haine bestiale, la cible d'un vindicte populaire aveugle, le jouet d'un massacre sordide... l'homme se défendra mollement, quelques lucides tenteront de le soustraire à la foule hystérique, en vain... C'est tout simplement ignoble.

À l'image de ce garçon, qu'il connaît, avec lequel il discute le long de la route qui mène à la foire et qui, une heure plus tard, sur un simple quiproquo, ne le remettra pas et le saignera comme un porc, surenchérissant même sur les adultes, emporté dans un rite initiatique abominable et incontrôlable.


C'est en même temps parfaitement léger... une crème fouettée (jusqu'à l'os) à base d'humour noir et de détachement élégant dans la narration. Une réelle friandise morbide dévorée d'une traite.

Ed. Julliard - 17 €.

vendredi 24 juillet 2009

Film : The Midnight Meat Train - Ryuhei Kitamura

Un petit film gore/trash histoire de varier les plaisirs. Je ne suis pas spécialement friand du genre mais l'affiche m'a intrigué : Avec Winnie Jones, le colosse anglais complètement déjanté vu dans les films de Guy Ritchie, dans une adaptation d'une nouvelle de Clive Barker, un des papes de l'écriture fantastique moderne. L'ensemble est mis en boîte par Ryuhei Kitamura.

Un photographe, à qui l'on a demandé de photographier la noirceur de la City, tombe par hasard sur un Serial Killer dont il va suivre les traces nuits après nuits. L'action se situe dans les wagons du métro New Yorkais, le dernier métro plus précisément, où un boucher d'un style très particulier (sacré Winnie) massacre les voyageurs retardataires avec calme, détermination et, il faut bien l'avouer, un grand professionnalisme.

Les scènes de tuerie sont tout particulièrement chorégraphiées dans une lumière bleue électrique, un son hallucinant et un montage plutôt efficace. Tout cela confère à l'ensemble une glaciale élégance à laquelle je n'ai pas été insensible.

Dans le genre, c'est plutôt enlevé et esthétique. Bien évidemment, ce n'est pas un film familial.

jeudi 30 avril 2009

Humeur : Le piratage, régulateur économique !

La loi HADOPI (la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet) non seulement ne réglera pas le fond du problème mais tente avant tout de protéger une industrie moribonde et ses marchands qui voient fondre inexorablement leurs profits, tel le cierge en offrande sur les autels clinquants de la culture mercantile et vulgaire.

Ceux qui évoquent la mort de la création connaissent-ils vraiment le sens de ce mot ? Le créateur créé, quoi qu'il arrive, c'est ainsi depuis toujours. Combien de peintres, de musiciens, de comédiens, ne vivent que pour leur art même s'ils en vivent mal. Il est relativement récent d'associer Succès, Fortune et Art. Les nouveaux marchands du Temple que sont les Producteurs, Managers et autres Agents de tout pelage sont là pour ça et entendent bien se battre pour conserver l'énorme privilège de s'engraisser sur la bête. De plus, quand un Christophe Willem ou un Pascal Obispo évoquent, à propos du piratage, la mort de la création artistique, je suis contraint de plonger ma main droite dans le hachoir à viande pour penser à autre chose et ne pas éclater de rire.

Il y a eu explosion de l'enrichissement des "artistes", du moins ceux qui en possèdent l'estampille médiatique. Ils vendent du rêve paraît-il, même si le rêve peut exhaler souvent une insupportable odeur. L'accès libre à certaines de ces "œuvres" mineures, voire minables, ne permet-il pas un ajustement mérité de leur valeur intrinsèque ?

"Oui, mais le succès d'un Willem permet de produire de jeunes inconnus..." Bien sûr ! Il devrait donc y avoir une farandole d'artistes de qualité sur les ondes, ce qui, bien évidemment, est loin d'être le cas. La masse vagissante des stations publicitaires NRJ, Fun Radio et autres Chérie FM, ne diffusent en boucle que ce pourquoi elles facturent leur temps d'antenne : des produits clonés, 100 % marketés, facilement repérables en têtes de gondole.

Le monde bouge et, avec lui, les modes de consommation et les prises de conscience face à des crises économiques et sociales à répétition. On acceptait de payer le rêve au prix cher quand le portefeuille le permettait. Malheureusement le mélange des ingrédients "technologie incontrôlable" et "paupérisation grandissante" fait monter une mayonnaise qui enfle planétairement et dont le contrôle s'avère sinon impossible du moins forcément dispendieux. Un budget que les "plaignants" seraient sans doute plus inspirés de placer ailleurs, dans la recherche de nouveaux modes de distributions. Quand l'on sait, concernant la musique, que les "artistes" ne perçoivent qu'un euro par CD vendu on est en droit de se demander s'ils ne sont pas télécommandés par leur maison de disque pour hurler avec les loups.

Le web est effectivement un véritable cauchemar pour les "producteurs" non seulement à cause des volumes de téléchargements actuels mais surtout parce qu'il représente un outil commercial formidable dans un monde où ils ne sont plus indispensables. Tout peut aller très vite avec ce nouvel outil et certains artistes avertis commencent à diffuser eux-mêmes leurs titres. De jeunes producteurs associent même les internautes au lancement de nouveaux talents. Certaines valeurs d'échange et de partage émergent enfin dans cette industrie gangrenée qui s'est goinfrée durant des décennies.

Le CD, objet palpable, a fait son temps. Il meurt et c'est normal. Aujourd'hui le numérique est partout et 100 CD tiennent sans peine dans le moindre lecteur Mp3 à la praticité incomparable. Le téléchargement légal, iTunes Store en tête, est en plein développement car il s'est adapté aux nouveaux modes de consommation : ne payer que les morceaux que l'on consomme vraiment. Exit le boîtier en plastique, le cellophane et le livret de paroles, aujourd'hui on emporte sa musique partout avec soi. Pourquoi Apple/iTunes fait de l'argent et Universal Music en perd-il ? Parce que Jobs a été le premier à avoir du pif et sentir le vent tourner, ce qui énerve tous les autres et les limite dans leur vision d'avenir. N'est pas visionnaire qui veut et la guerre ne fait que commencer.

Oui le téléchargement tue les Bénéf. des Major Compagnies mais il ne tue pas l'artiste authentique qui gagne sa vie en se produisant sur scène. Le Live est incomparable, irremplaçable, en tout cas incopiable. Comme la salle obscure l'est pour le DVD ou le Divx.

Aujourd'hui, il y a une forme d'indécence chez les acteurs de la sphère artistique à pleurer sur la chute de leurs revenus et sur une époque où ils s'en mettaient plein les fouilles. Si les CD tournent de moins en moins sur les platines, la roue, elle, tourne inexorablement et, semble-t-il, de plus en plus vite.

mercredi 4 mars 2009

Film : Slumdog Millionaire - Dany Boyle

Sacré Dany. Un magicien éclectique dont ce dernier film (huit fois récompensé aux Oscars) est un pied de nez à ceux qui le croyaient éteint et "conventionnalisé". Il est évident qu'il a pris plaisir à le réaliser tant ce film pétille du début à la fin... dans la couleur des images, les rythmes de la bande-son et du montage ou le regard des acteurs...

Le scénario est malin et tellement positif qu'il résonne comme un hymne à la joie et à l'espoir. Du Boolywood revisité avec inspiration et gourmandise.

Jamal, 18 ans, orphelin issu des bidonvilles de Mumbai, est "questionné" (comprendre torturé) par la police pour avouer qu'il a triché alors qu'il est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies à « Qui veut gagner des millions? » version indienne. Il ne lui reste qu'une question avant la victoire finale lorsque la police l’arrête, sur la demande de l'animateur, et le somme de justifier l'ensemble de ses bonnes réponses. Jamal raconte alors toute sa vie, de sa petite enfance dans les ordures, à la recherche perpétuelle de cette fille dont il est tombé amoureux et dont il n'a cessé de perdre régulièrement la trace à travers le pays.

Récit émouvant que celui de cet enfant devenu adulte au travers d'épreuves douloureuses, parfois violentes ou simplement cocasses, dans cette Inde misérable au début du film et qui semble évoluer et se moderniser à mesure que Jamal grandit et se rapproche de son but. Le gouvernement Indien critique le film dans ce qu'il a de misérabiliste. L'Inde a honte de ses bidons-villes, de ses "slumdogs". Qui est le responsable, celui qui montre ou celui qui veut cacher ? En fait, Boyle filme la misère avec une réelle légèreté en faisant de ces enfants joyeux et pleins d'espoir les héros de son film. Il n'y a là rien de négatif ni de dévalorisant, au contraire. Qu'il y ait une prise de conscience de l'occident (de l'Amérique) qu'une vitrine moderne, technologique et économiquement tonique cache un Moyen Âge misérable, ne peut qu'aller dans le bon sens.

Le fait que ce film ait raflé autant de récompenses face à des "Milk", "Benjamin Botton" ou encore "The Wrestler", étonne voire choque la critique intellectuelle du milieu cinéma. Certes, les propos de "Milk" sont plus engagés, la profondeur et la technique de "Benjamin Botton" plus évidentes ou encore le drame de "The Wrestler" plus percutant, mais il semble bien que "Slumdog Millinaire" soit à la croisée de tout cela, en phase avec une époque bien particulière et qu'en plus, ce soit fait avec style et que l'on ressorte de la projection avec un sourire béat ce qui est devenu rare.

On peut effectivement voir dans cette avalanche de bons sentiments et de détachement joyeux, le mea culpa d'une Amérique qui remet en cause la part sombre de son impérialisme et regarde le monde d'un œil nouveau et bienfaisant. On peut effectivement voir dans l'ascension de Jamal, via le jeu "Qui veut gagner des millions ?", l'unique et occidentale issue pour le tiers-monde de s'en sortir. Tout cela me paraît bien réducteur et ce serait oublier l'évidente réalité qui est que l'économie mondiale repose sur un modèle occidental et que l'Inde en est aujourd'hui un acteur majeur. On peut ne pas aimer ce jeu profondément aliénant mais il n'est ici qu'un prétexte, un artifice, un levier narratif, peut-être pas complètement innocent je vous l'accorde, pour raconter une histoire formidable. Celle d'un enfant qui aimait la vie, aimait les autres et qui a toujours cru à son étoile et à son destin. C'est bien parce qu'il n'a jamais renoncé qu'il est arrivé tout en haut.

Oubliez les 20 millions, après tout ils n'ont jamais été le sujet du film et courez déguster cette véritable pépite de bonheur.

Film : Eden Lake - James Watkins

Encore un film dérangeant et particulièrement violent, pour ne pas dire féroce, qui mêle avec un certain brio, et au sens littéral du terme, lutte générationnelle et lutte des classes . Ce dernier point semble d'ailleurs être un passage obligé pour tout réalisateur anglais.

Les faits : Jenny et Steve, un jeune couple de Londoniens, bourgeois et propres sur eux, quitte la capitale pour passer un week-end romantique et sportif au bord d'un lac idyllique (d'où son nom). L'endroit parfaitement tranquille et bucolique est rapidement troublé par une bande d'adolescents bruyants et leur Rottweiller agressif. Quelque peu excédé, Steve leur demande gentiment de tenir leur chien et de baisser le volume de leur radio. Il n'aurait pas dû car il vient de déclarer une guerre qui s'avérera d'une cruauté inouïe.

Scénariste de The Descent, Watkins passe pour la première fois à la réalisation avec ce thriller dérangeant et oppressant car mettant en scène la mort d’enfants et d'adolescents par des adultes, bien qu'en situation d'auto-défence, le tout avec une violence sans issue. Il s'agit d'un combat double, celui de l'autorité "parentale" en substituant ces deux campeurs à leurs parents autoritaires et violents et celui, éternel, de deux classes sociales, dont la plus défavorisée prend son pied à casser du bourgeois, jugé forcément arrogant dans son 4x4 rutilant.

Référence évidente à Délivrance de John Boorman, ce nouveau "Survival" dans une nature devenue hostile après avoir été un décor de rêve, montre des citadins démunis devant affronter des locaux sur leur terrain, désœuvrés, livrés à eux-mêmes et sans aucune pitié. La surenchère est très nette par rapport à Délivrance, évolution des mœurs oblige. La crise est passée par là aussi bien au niveau de l'emploi que de l'autorité. Ainsi au-delà des enfants-tueurs, la responsabilité des parents complices, pointée du doigt, démontre sans doute que l'on a les enfants que l'on mérite.

Jenny est jouée par Kelly Reilly la petite anglaise de "L'Auberge Espagnole" et des "Poupées Russes", un contre-emploi évident et une réelle performance. Michael Fassbender (vu récemment dans" Hunger" de Steve McQueen) joue Steve. Le jeune Jack O'Connell, qui joue Brett le chef de bande, fait franchement froid dans le dos. Un casting inattendu et impéccable.

Bien que ce tout cela soit du cinéma, le réalisme de l'ensemble et la possibilité qu'une telle situation puisse exister, procurent une tension et un malaise qui persistent bien au-delà du générique.

Quant à la chute elle-même... ce serait un crime de la dévoiler !

Un gros souci tout de même. Le film stigmatise un peu plus une certaine jeunesse et joue avec une des nouvelles peurs de nos sociétés occidentales, la confrontation possible avec une bande de jeunes sans repère, ni foi, ni loi. Cela est tout de même fort gênant même si les qualités cinématographiques sont évidentes.

dimanche 1 mars 2009

Film : L'échange - Clint Eastwood

Un autre film du grand Clint vu dans la foulée. Sorti en novembre 2008, à peine trois mois avant son dernier Gran Torino, il prouve à quel point le réalisateur de soixante-dix-huit ans se hâte de raconter et de montrer. Avec ce monument cinématographique de deux heures trente, sans une seconde d'ennui, il démontre une fois de plus, s'il en avait besoin, l'étendu et la maîtrise de son talent, son éclectisme absolu ainsi que l'humanité de son regard perçant.

1928 - Los Angeles : Christine Collins (Angelina Jolie), mère célibataire, situation très mal vue à l'époque, part travailler et dit au revoir à son jeune fils Walter. Quand elle revient chez elle, Walter a disparu. Après cinq mois d'enquête, à grand renfort de publicité, la police lui restitue un garçon de neuf ans affirmant être son fils. Sous la pression des policiers et des journalistes, bouleversée par ses propres émotions contradictoires, elle ramène le garçon chez elle sachant pourtant qu'il n'est pas son fils. Elle essayera de convaincre les autorités de relancer les recherches mais par là-même, remettra en cause le système, attitude jugée inadmissible de la part d'une femme dans cette période trouble, nous sommes en pleine prohibition. Accusée d'être irresponsable et folle, elle sera jetée en hôpital psychiatrique avec la complicité des médecins et infirmiers. Un pasteur (John Malkowitch), notoire opposant des autorités qu'il juge impuissantes et corrompues, deviendra un allier puissant pour l'aider dans sa lutte et ébranler les institutions.

L'histoire, tirée de faits réels qui ont, à l'époque, déstabilisé le système judiciaire californien, rend les propos du film encore plus effroyables. Le classicisme épuré de sa réalisation, trop académique peut-être diront certains, sans effet ni esbroufe, suit au plus près et intimement le désespoir et l'incompréhension vécus par cette mère courage que rien ni personne ne fera capituler.

Le scénario tient en haleine constante jusqu'à glacer le sang parfois. Ainsi deux histoires se chevauchent, celle de cette mère dont l'enfant a disparu, cauchemar parental par excellence et une autre bien plus monstrueuse, celle d'un "ogre" horrifique, cauchemar enfantin éternel... Eastwood passe allègrement de l'une à l'autre de ces figures dont les histoires finiront par se croiser complètement.

Et puis, Angelina est tellement belle et sobrement émouvante sous la caméra du maître, qu'on ne peut que la suivre passionnément tout au long de sa terrible quête construite sous forme de thriller éprouvant et révoltant.

Un grand moment puissant de cinéma signé Clint Eastwood. Un de plus !

samedi 28 février 2009

Film : Gran Torino - Clint Eastwood

Walt Kowalski est un vétéran de la guerre de Corée. Vieux con acariâtre et pétri de préjugés, tout ce qui perturbe ses certitudes et son univers étriqué provoque chez lui bordées d'injures et humeur mauvaise. De ses voisins coréens à la voiture japonaise d'un de ses fils, il crache sur tout ce qui est étranger. Il vient de perdre sa femme aimée et vit seul, avec sa vieille chienne, dans un quartier peuplé d'immigrés. Une nuit, poussé par un cousin appartenant au gang local, Tao, son jeune voisin coréen, tente de lui voler sa précieuse Ford Gran Torino, souvenir de sa longue carrière Fordienne... Walt chasse l'adolescent et fait face à la bande qui terrorise le voisinage. Il devient malgré lui le héros du quartier. Lui qui se complaisait dans son aigre solitude doit alors accepter un flot d'offrandes diverses. Peu à peu il pénètre bien malgré lui ce monde et cette culture sur lesquels il a toujours craché. Sue, la sœur aînée ainsi que la mère de Thao, insistent pour que ce dernier se rachète. Il y va de leur honneur et elles proposent qu'il travaille pour Walt toute une semaine. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des "travaux d'intérêt général" au profit de tout le voisinage. C'est le début d'une surprenante amitié qui bouleversera leur vie.

Décidément le dernier géant d'Hollywood nous étonnera toujours et quand il s'amuse à régler les comptes avec sa propre image de justicier viril qu'il se traîne depuis les 70's, on ne peut que saluer l'artiste et son incroyable sens de l'humour et du retournement de situation. "Dirty" Harry Callahan est définitivement enterré, avec élégance qui plus est.

Walt Kowalski semble être d'ailleurs une synthèse de ses personnages les plus emblématiques, l'extrémisme de Harry, le poids du passé de Munny l"Impitoyable", le rejet de la famille et de la religion de Dunn, l'entraîneur de boxe. Le tout mixé dans un scénario évident, limpide, formidablement orchestré, véritablement émouvant et finalement bluffant.

Cet homme est foncièrement élégant, tranquille et tellement efficace. Il promène depuis longtemps sa longue silhouette nonchalante dans ses films en déjouant tous les pièges et édifie, bobine après bobine, une œuvre immensément humaine et proche. Ce dernier film, en tant qu'acteur parait-il, reste narcissique, certes, mais pose un regard chaleureux et apaisé sur une Amérique en mutation. Et même s'il avoue ne pas avoir voté pour Obama, Eastwood n'en demeure pas moins un grand humaniste. Ce film en est la démonstration éclatante.

jeudi 19 février 2009

Film : The Wrestler - Darren Aronofsky

L'histoire de ce vieux catcheur déchu est très émouvante, il faut le reconnaître. Quand elle est ainsi portée par un Mickey Rourke à ce point habité et troublant de vérité, on ne peut que se laisser emmener, en plus, par la caméra à la fois nerveuse, très proche et pudique d'un Aronofsky inspiré.

Randy "The Ram" Robinson, ancienne star du catch des années 80, vit aujourd'hui dans un mobile home minable dont il a peine à payer le loyer. Vieillissant en dehors du ring, avec ses lunettes à doubles foyers et sa prothèse auditive, il semble renaître lorsqu'il entend les clameurs de la salle et qu'il monte sur le ring. Malheureusement, aujourd'hui, il est relégué aux salles de fêtes et aux gymnases sordides du New Jersey qui offrent des spectacles toujours plus sensationnels et violents où les protagonistes ressortent en sang. Approchant la soixantaine, pour rester en forme, il n'hésite pas à abuser de produits dopants achetés sous le manteau. Un soir, après un match, il est victime d'une crise cardiaque dans les vestiaires. Hospitalisé et opéré pour un pontage, son médecin est formel quand il lui annonce qu'il doit arrêter le catch. Randy va essayer de reconstruire une vie gâchée. Il tente donc de renouer avec sa fille adolescente, dont il ne s'est jamais occupé, entame une relation avec Pam, une stripteaseuse vieillissante, presque autant paumée que lui, et recherche un travail plus régulier. Jusqu'au jour où on lui propose un dernier combat contre son plus grand adversaire, l'Ayatollah...

Rourke est littéralement impressionnant en catcheur bodybuildé, clone de Hulk Hogan avec ses longs cheveux décolorés, dont il se refait pitoyablement les racines régulièrement, et qu'il porte en chignon en dehors des rings. Il est tout autant bouleversant de sincérité, une vraie tristesse à fleur de peau dans ce corps brisé et à bout de souffle. Il n'en fait jamais trop dans le pathétique comme pour mieux se donner à fond sur ces rings qu'il connaît réellement. À la violence des combats succèdent l'introspection, les regrets, la solitude... Il parle peu et quand il parle sa voix profondément brisée fait mouche. Aucun doute, il y a un vécu au-delà de la pellicule. La stripteaseuse Cassidy, touchante Marisa Tomei, continue à s'exhiber malgré son âge, pour nourrir son jeune fils mais elle sait qu'elle arrive au bout du chemin. Le catcheur vieillissant est son meilleur client mais il voudrait plus. Elle refuse au début, rejetant cette image d'elle-même qu'il lui renvoie comme un vieux miroir brisé. Puis elle se rapprochera peu à peu comme si finalement les fêlures de l'autre les rassuraient mutuellement.

Darren Aronofsky (Pi, Requiem for a Dream, The Fountain) filme, caméra à l'épaule, le New Jersey, comme il sait le faire, glauque à souhait parsemé de quelques couleurs crues improbables. On reste cependant loin du stylisme et des effets recherchés et systématiques d'un Requiem pour se concentrer sur l'histoire et s'approcher au mieux des acteurs. Le réalisme prime et confère au récit une authenticité bouleversante.

Le nouveau film d'un grand réalisateur avec un Mickey Rourke époustouflant. J'adore ce mec et il était temps qu'il revienne vraiment dans un rôle taillé pour son immense carrure.